Michaël, l' Horus vivant
Par Giauque Cédric
An 1, du règne d'Aarun 1er.
La Grande Prophétie était accomplie. Joyce, l'enfant destiné à devenir la clé de l'équilibre dans l'univers, avait enfin pu rejoindre son père, Aarun, Empereur de Cresta. Maurine, sa mère, les accompagnait, ayant elle aussi retrouvé un être cher, Mike, qui n'était autre que l'Empereur lui-même.
Au terme d'une bataille acharnée contre le Mal, Aarun et sa garde personnelle, avaient déjoués les plans d'Armaguedon sur la Terre.
Sur le Synoom, le plus grand bâtiment intergalactique jamais construit, portant l' étiquette de vaisseau impérial, les préparatifs en vue de l'arrivée sur Cresta étaient terminés. Il ne manquait plus que d'atterrir sur le gigantesque spatioport principal de la planète Mère.
Déjà, par les hublots de transpacier, l'on pouvait voir s'avancer les officiels de la délégation du palais impérial, chargés d' accueillir l' Empereur et sa famille , en direction du lieu d'atterrissage. Maurine et Joyce, découvrant pour la première fois leur nouvelle planète, s' émerveillaient de toutes les couleurs de la ville. Jamais elle n' auraient imaginés tant de beauté et de perfection dans les lignes des bâtiments, l' agencement des parcs et des jardins, bref dans la vie elle-même d'une si grande cité.
La foule se pressait de part et d'autre des cordons de sécurité. Sans bousculade ni empressement, le peuple venait remercier le jeune souverain pour sa victoire.
Sur la passerelle du Synoom, Saan, Commendeur impérial, donnait des ordres précis, que les enseignes navigation exécutaient aussitôt. La masse du gigantesque vaisseau rendant très difficiles les manoeuvres d' approche en atmosphère, la sueur coulait sur bien des fronts, tendus par la concentration extrême que demande le pilotage.
Saan, lui, ne transpirait jamais. Pas pour un atterrissage en tous cas. Il avait vu tant d' événements au cour de sa glorieuse carrière, qu'il se sentait prêt à affronter n'importe quelle situation. Sa nomination, par le père d'Aarun, comme Commandeur de la flotte et capitaine du Synoom, était le couronnement mérité d'une vie passée à servir l'Empire, par conséquent Dieu Lui-même.
Pourtant, au plus délicat moment, il cru mourir foudroyé quand résonna, dans tout le vaisseau, l' alarme de danger immédiat.
Aussitôt, tous les boucliers de protection se relevèrent et les cerveaux positroniques mirent automatiquement le bâtiment en vol stationnaire, interrompant les mesures d'approches. L' écran principal projeta l'image du général Biniin, haut fonctionnaire de Cresta, il demandait à parler à l'Empereur de toute urgence et toutes affaires cessantes.
<<- Vous rendez- vous compte ,Biniin, rétorqua Saan, que vous n'êtes que général ? L' Empereur se trouve déjà sur le pont de débarquement. Et, juste pour votre information, cher général les procédures d'atterrissages n'ont... >>
<<- Assez ! Saan remarqua la peur qui se lisait dans le regard de son interlocuteur.
- Il en va de la survie de l' Empire, Commendeur Saan. Cela ne peut attendre, l' Empereur ne peut débarquer avant que je lui parle.>>
A ce moment, l'atmosphère de la passerelle changea. L' Empereur venait d'entrer, projetant une aura de force et de paix, au-devant de lui. Sa garde le suivait, comme souvent. Elle se composait des six meilleurs spécialistes de l'Empire, en divers domaines, choisis par Ooshi, leur commandant et ami d'Aarun.
Saan avait connu Aarun environ une année standard auparavant, lors de son rapatriement en catastrophe de la Terre vers Cresta. Il avait ensuite appris à aimer cet homme juste et dévoué à l'Empire, et lui avait donné toute sa confiance, au cours des batailles qui suivirent. Il ne comprenait pas toujours l'humour, disons exotique et bien terrien, de son Empereur, mais c'était le plus grand Homme qu'il ait jamais connu et il lui vouait une admiration sans failles.
Aarun s'avança vers le centre de la passerelle et Saan se retira pour lui laisser sa place, chose qu'il n'aurait fait avec personne d'autre.
Pourtant, le jeune Empereur, garda le silence tout en fixant l'écran principal. Biniin, de son côté, restait tout aussi muet. Les deux protagonistes de cette scène se fixaient, et Saan remarqua alors un changement dans les yeux de Biniin: la peur s'était muée en tristesse. La même qui émanait maintenant d'Aarun. Ce dernier soupira et lança à Biniin, comme à contre-coeur:
<<- Vous avez vos ordres, qu'il en soit ainsi. Synoom, terminé.>>
Alors tous comprirent que l'Empereur et Biniin s'étaient entretenus avec Dieu, et que c'était là un fait qui ne présageait rien de bon.
Puis, Aarun se tourna vers Saan et sa garde. Une réelle détresse se lisait dans ses traits, comme si un poids immense venait de s'abattre sur lui. Alors, les mots qui résumeraient les dix prochaines années à venir résonnèrent aux tympans de tous ceux présents sur la passerelle:
<<- Messieurs, l'Empire tout entier est en guerre. >>
La mort dans l'âme, il donna ses ordres pour débarquer la famille impériale, sa famille, et repartir après d' émouvants aux revoirs.
Le Mal n'avait pas digéré sa défaite sur Terre, et Lucifer venait de jeter toutes ses forces sur l'Empire dans un combat à mort.

Journal de bord: Synoom
Commendeur: Saan
An 10, du règne d'Aarun 1er
Notre navire acceuille, aujourd'hui, des hommes du service de renseignement de l'Empire. A leur arrivée à bord, ils semblaient porteurs de bien mauvaises nouvelles. L'Empereur et sa garde s'entretiennent avec eux en ce moment même, dans la salle de conférence principale. Nous savons que le Mal pense lancer ses toutes dernières forces stratégiques, dans un dernier et impitoyable combat, sous peu. Si Dieu pourvoit à nos besoins en matières premières, il n' en va pas de même en Enfer, et celles-ci commencent à y manquer furieusement, au début de cette dixième année de guerre.
Nous avons un besoin vital de ces renseignements, glanés par nos services d'élite, car cette dernière bataille sera le grand "rush" final de Lucifer.
Dieu nous garde.
Longue vie à l'Empire.
Revenus sur la passerelle du Synoom, Aarun, sa garde et Saan s'entretenaient sur les derniers événements de la guerre.
Jembaar, un Crestien d'origine spécialiste en navigation, exposait aux autres le résultat de ses calculs d'interception du vaisseau- mère maléfique, commandé par Lucifer en personne. Cet exposé achevé, le plan de riposte de l'Empereur était tout à fait au point.
Un aviso de combat piloté par Jembaar, convoyerait l'Empereur et sa garde aux abords du vaisseau ennemi. Une fois atteint, Topd, un Orion au teint verdâtre spécialisé en explosifs, ouvrirait une brèche dans la coque du navire et le commando s'y introduirait. Là, il faudrait localiser l'arme de la dernière chance, pour l'ennemi, et la détruire.
<< -Pourquoi ne pas envoyer un commando d'élite à votre place, Majesté ? Saan continua d'argumenter. -Je vous assure que nos hommes sont parfaitement entraînés. >>
<< -Je connais ces hommes autant bien que vous, Saan. Mais c'est là une tâche que je dois mener en tant que bras armé de Dieu. Répondit Aarun. Nos espions m' ont confirmé les pires craintes que j'aurais pus avoir. Lucifer détient une arme capable de détruire une planète et d' en concentrer l' énergie ainsi produite, dans une sorte de machine à voyager dans le temps. Je ne sais dans quel but, mais une telle arme met Cresta elle- même, en péril. >>
<<- Voyons Majesté, même Dieu n'est pas maître du temps. Comment y serait-il parvenu ? >>
<<- Et bien il semble que les laboratoires de l'Enfer aient malheureusement des ressources que même Dieu ne connaisse pas. Des hommes sont morts pour nous rapporter ces informations et c'est tout ce dont nous disposons. Une seule chose est sûre: le temps presse. >>
Bien que sa tâche exige de lui qu'il assure la protection de son Empereur, Saan se contraint à ne rien ajouter. On ne discutait pas les décisions d'Aarun, car l' Empereur prenait ses ordres de Dieu et connaissait ses plans divins. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser au malheur qu'engedrerait la mort du souverain en pareille crise.
Comprenant qu'il était temps, Ooshi donna ses ordres.
<< - Lieutenants, toute la garde avait été promue à ce rang, rendez- vous dans le hangar aux navettes dans deux centiars. Exécution ! >>
Les membres de la garde sortirent sans un bruit, et se rendirent immédiatement dans leurs quartiers , afin d'y rassembler : qui des explosifs, qui du matériel médical ou scientifique, pour cette mission.
Une fois à bord de l'aviso de combat, Jembaar poussa les moteurs de distorsion à fond, dans les limites de la fusion matière/ antimatière. Un lourd silence s'installa dans la cabine, comme si chacun soupesait le poids de cette mission. Même Aarun, habituellement enclin à détendre l' atmosphère, restait muet.
Topd, le tonitruant spécialiste en explosif, procédait sans un bruit, fait rarissime, aux derniers réglages de ses détonateurs d' après les données murmurées par Saaba, un Endorien attaché- scientifique de 2 mètres 25, comme par peur de détruire ce silence protecteur, qui précédait certainement un chaos terrible, celui de la bataille à venir.
Pendant les dix années précédentes, Aarun et ses hommes, y compris Saan, s'étaient acquittés de leur tâche, souvent de façon héroïque. Pourtant, les démons affrontés jusqu' alors n'étaient pas vraiment des enfants de choeur. Néanmoins, une tension planait dans l' habitacle de l'aviso, alors que les étoiles défilaient sous forme de traits lumineux, effet du voyage en hyper- vitesse. Personne n'osait évoquer tout haut ce que tous ruminaient en silence:
Cette fois, il faudrait affronter Lucifer, l' Ange déchu. Et tous se demandaient le prix qu' il leur faudrait payer pour en ressortir vivant.
Les Archanges avaient toujours étés au nombre de neuf, mais, cette fois- ci, Saan devrait rester en arrière de ce dernier combat entre le Bien et le Mal. S' il arrivait quelque chose à l' Empereur, l' Empire devrait continuer la lutte. Le Commendeur serait alors le seul Archange sur qui Dieu pourrait compter. Bien qu' indispensable, la mise en retrait de Saan, donc le manque de soutien logistique du Synoom, pourrait cruellement faire défaut au commando impérial.
Le destin du Royaume de Lumière s' annonçait bien ténébreux...

Sur le pont principal du vaisseau- mère des Forces du Mal, Lucifer avait réuni son état- major, composé des trois Démons supérieurs: Satan, Léviathan et Bélial.
L' on pourrait s'imaginer une réunion des monstres les plus laids de la création. Mais n'oublions pas qu' avant d' êtres précipités dans les ténèbres, Ils étaient les plus beaux anges que Dieu eût jamais créés. Lucifer en était même le plus merveilleux et son nom signifiait : Ange Porteur de Lumière. C'était donc là une réunion d' êtres parfaits, ce qui n'était pourtant pas le cas, et de très loin, de leur âme corrompue par les ténèbres.
Le Prince des Ténèbres, avait tenu à passer en revue son plan, une dernière fois. Bien que mécanique et dotée d'une technologie de pointe, l'arme absolue en sa possession utilisait un carburant particulier : la Force du Mal.
En effet, si détruire une planète était enfantin, récupérer l' énergie produite par l' explosion, l' était beaucoup moins. Mais, Lucifer, enfin... surtout ses laboratoires, avait conçu une sorte de boucle- piège du temps. En injectant l' énergie de la planète détruite dans les circuits de la machine, il espérait ouvrir un vortex temporel dans le continuum espace/ temps.
Personne ne pouvait se rendre maître du temps, pas même Dieu. Néanmoins, le Prince des Ténèbres pensait pouvoir se faufiler derrière cette règle, car, après tout, Il était quand- même un maître incontesté en ce qui était de tricher. Lucifer ne pouvait être certain des conséquences de ses actes. Tout son plan n'était basé que sur de simples hypothèses et de très veilles incantations, surtout ces dernières, volées dans la bibliothèque divine, lors de la Chute en Enfer.
C'est pourquoi il avait besoin des trois Démons, afin qu'ils prononcent les formules au bon moment, en rassemblant des Forces qui dormaient depuis la mort des Grands Anciens. Lui- même serait alors dans la boucle-piège et ne pourrait prononcer un seul mot, étant alors soumis à une accélération démentielle.
Tels étaient les tristes desseins du Maître infernal. Lui seul connaissait sa destination temporelle, ce qui semblait froisser les trois Démons supérieurs. Une vive discussion au sommet venait d' ailleurs de débuter, achevant dès lors, les touts derniers préparatifs. Le Prince ne pouvait se permettre de perdre la loyauté de ses sbires en pareil moment. De plus, il devait focaliser leur attention sur la mission à venir, car si un des trois se rendait compte de la vulnérabilité de leur chef, dans la machine, il en profiterai pour prendre le contrôle des Enfers. Sa vie à l' intérieur du vortex ne dépendrait que de ces trois Hauts Fonctionnaires, et Lucifer enrageait de devoir leurs faire des courbettes afin de les rassurer.
Pourtant, Satan, Chef des démons de l' Enfer et Prince de la Discorde, soit le plus rusé des trois Supérieurs, osa la seule question que Lucifer redoutait :
<<- Seigneur, vous nous assurez pouvoir retourner dans le passé afin de détrôner Dieu, mais jusqu' à quel point notre présent sera changé ? Qu' y gagneront- nous, à votre retour... si retour il y a...>>
Si cela n'avait été un blasphème en ce lieu, on aurait pu dire qu' une armée d'anges passait.
Lucifer enrageait et se promit d' en finir une fois pour toutes avec Satan, dès son plan mis à exécution. En effet, la fonction première du Démon était la discorde, art où il excellait. Briguer la place de son maître était donc naturel pour Satan, qui s' y employait plus ou moins sérieusement suivant qu' il s' ennuyait ou non, en Enfer. Gérer les légions des terres infernales n' était pas chose facile, mais il pouvait déléguer certaines fonctions à ses démons de rang inférieur, qui, généralement, s' entretuaient pour obtenir un poste. Il avait donc assez de temps pour comploter contre le Prince des Ténèbres.
Ce dernier écumait en silence. Un silence qui rendait l' atmosphère sulfureuse de la passerelle encore plus lourde qu' elle ne l' était déjà. Il paraissait pourtant d' un calme olympien, ce qui rendait son regard encore plus sinistre. Quand il se tourna pour fixer Satan, le Prince noir le cloua au sol. Dans ses yeux transparaissaient toutes les souffrances infernales et, semblait- il à Satan, certaines qu' il aurait préféré garder ignorées encore un peu.
Il perdit toute sa superbe et cela fit grand plaisir à Bélial et Léviathan, qui rirent sous cape. Tous comprirent qu' il valait mieux éviter d' autres questions.
Lucifer venait de gagner un peu de répit. Il était temps de passer à l' action.
<<- Artilleur ! Point de visée...? >> L' ordre tonna, râpeux, après le long silence de la petite confrontation.
<<- Felsaa, pointée. Felsaa était une planète en vue d' intégration à l' Empire. -Prêt à faire feu, Majesté. >>
<<- Nema ! >>
Quelque part, sous l' énorme vaisseau, une porte s' ouvrit. En sortit un appareillage complexe, qui laissa échapper un faisceau de diverses ondes concentrées, focalisé sur Festaa. Aussitôt, le coeur de la planète entra en ébullition et une réaction en chaîne s' ensuivit. Festaa venait de se transformer en une gigantesque bombe atomique sans même que sa population pacifique ne s' en aperçoive. De même qu' ils ne sentirent en rien les effets de la récupération de leurs atomes dispersés.
Sans une seule pensée pour les dix milliards d' habitants de la planète, Lucifer se concentrait sur les données d'énergie recueillie et emmagasinée.
Tout fonctionnait merveilleusement et le Synoom ne s' était toujours pas montré. Un vrai jeu d' enfant...

Dans l' aviso de combat, on se préparait à émerger du sub- espace. La manoeuvre, pilotée par des ordinateurs biosynthétiques dernière génération, comportait néanmoins de grands risques. A sortir de la vitesse exponentielle trop près d' une planète, l' on pouvait être happé par les forces de cohésion magnétique de cette dernière.
Saaba affinait ses calculs encore une fois quand Dina, une Centaurienne à la peau écaillée, spécialiste hors pair en communications, vit tous ses senseurs atteindre des taux extrêmes.
<<- Aarun, l' usage, voulu par l' Empereur, était que tous se tutoient en mission, le plan consiste bien à sortir d' hyperespace, avec Festaa entre nous et le vaisseau de Lucifer, non... ? >>
Aarun s' avança vers le poste de surveillance de Dina. De la tête, il donna une réponse affirmative, restant muet devant les relevés des différentes consoles. La Centaurienne continua :
<<- Alors on a un sérieux problème... Festaa n' existe plus. >>
Aarun se tourna vers l ' Endorien scientifique. Une idée folle était en train de germer dans ses méninges habituées à trouver des solutions de dernières minutes.
<<- Saaba, qu' arriverait- il si nous sortions d' hypervitesse en plein coeur du vaisseau- mère ? >>
La troupe venait de faire silence. Même Topd cessa ses réglages, preuve s' il en est besoin que les paroles de l' Empereur sortaient du domaine connu. De toutes les manoeuvres qu' avaient imaginées Aarun en dix ans de guerre, celle- ci avait une fâcheuse connotation de " quitte-ou-double".
<<- Ce serait surtout une première scientifique, mais cela serait théoriquement possible Ce qui l' est moins, ce sont les perspectives de survie à une telle manoeuvre. >> La réponse ne laissait aucun doute. Pourtant Aarun lança l' ordre improbable :
<<- Si on ne peut pas y arriver discrètement, autant y aller directement. Au pire cela aura peut- être le mérite de faire exploser le vaisseau du Mal, puis se tournant vers Jembaar, Monsieur Sulu, vos coordonnées ?>>
<<- Coordonnées rentrées dans les mémoires positroniques, Capitaine Kirk ! >>
<<- Alors droit devant... Dieu vous garde, mes amis...>>
<<- Amen >> Reprirent les sept compagnons de l 'Empereur.
Ceux- ci entreprirent alors de se préparer à sortir de la vitesse exponentielle dans une situation, disons chaotique. Tous savaient que les illusions n' étaient pas de mise, car leurs chances de survivre à la manoeuvre, dans le domaine pratique, équivalaient à zéro.
Pourtant, si Aarun reprenait ainsi les phrases clés d' une série télévisée terrienne qu' il affectionnait particulièrement, Star Trek, cela voulait dire que leur chef n' avait pas encore abandonné, qu' il prévoyait déjà plus loin que leur sortie, soit la bataille elle- même. C' est donc avec une mine détendue que les Archanges de Dieu se préparaient à affronter les épreuves à venir. Confiants dans les talents et les pouvoirs d' Aarun.
Mackoll, la Talinienne médecin, avait déjà préparé une trousse d' urgence. Elle prendrait part aux combats, comme toujours, mais elle resterait en arrière pour donner rapidement les premiers soins aux blessés.
Pool, par- contre, étant spécialiste en techniques de combats, serait le premier à sortir de l' aviso de combat. Encore fallait- il être entier après la dangereuse manoeuvre. Ce fait reposait entièrement sur Jembaar et sa dextérité au pilotage.
<<- Attention... Sortie de l' exponentielle dans 5...4...3...2...1...>>
Un fracas inimaginable secoua alors l' appareil, qui se rematérialisait dans une soute de transport. La manoeuvre commença au beau milieux d' une structure d' arrimage, et se termina dans les lourdes parois de l' engin, où fût stoppé net la navette de combat. A l' intérieur, les visages étaient livides, les esprits commençaient à peine de réaliser qu' ils étaient vivants, mais les soldats entraînés qu' ils étaient, déjà détachés des harnais de sécurité, se regroupaient devant la porte, prêt à passer à l' action.
Saaba ne pu s' empêcher d' avancer :
<<- Fascinant ! C' est donc possible... >>
Moins encourageant, Jembaar arriva du poste de pilotage.
<<- La porte extérieure est coincée. Certainement endommagée pendant l' atterrissage. >>
Un deuxième fracas, plus proche celui- là, retentit dans l' habitacle. Topd venait d' en faire exploser la porte, tordue dans l' accident.
<<- Et là, elle n' est plus tordue...>> Répliqua l' Orion, fier de son petit effet en ayant anticipé l' usage de ses explosifs.
La porte touchait à peine le sol du hangar, que tous se faufilaient déjà dans la soute, fuseurs énergétiques au poing, en direction de la passerelle de commandement. L' emplacement de celle- ci était connue et enregistrée dans les cartes des tricordeurs, grâce aux renseignements des espions de l' Empire.
Se déplaçant en silence et très rapidement, éliminant les démons rencontrés un à un, la garde impériale et son Empereur marchaient implacablement vers un tournant de l' histoire.