Michaël, l' Horus vivant
Par Giauque Cédric
Boojyi et Stuudman avaient atteint la montagne, d' où émanait le signal de l' Empereur. A marche forcée, ils longeaient ses flancs, espérant découvrir une faille dans la roche.
Le signal semblait être émis depuis l' intérieur de la masse rocheuse. Il fallait donc trouver une faille, l' entrée d' une grotte ou un renfoncement pour pénétrer au sein de la montagne. Ils pensaient bien que si l' Empereur était effectivement là, en plein coeur des Enfers, il n' allait pas signaler sa présence avec une sirène et un gyrophare.
C' était donc une toute petite particularité qu' ils recherchaient.
Le caporal- artilleur Stuudman contrôlait régulièrement son radar portatif, afin de ne pas être surpris par un détachement de démons, chose qui ne manquerait pas d' arriver.
<<- Pour le moment c' est bon, nous ne sommes pas repérés. >>
<<- Ca ne vas pas durer, répondit Boojyi, et à ce train- là, il nous faudra des heures avant de trouver une entrée. >>
<<- Le signal est trop diffus pour que je le repère avec exactitude. Nous allons encore marcher un peu dans cette direction, il me semble que le signal augmente un peu d' intensité. >>
<<- Le ciel puisse t' entendre ! >> Dit Boojyi en croyant sincèrement que seule une aide divine les aiderait à revenir vivant de cet Enfer, à proprement parler.
Les deux hommes continuèrent donc leur chemin. Le tapis de mouches mortes rendait la marche difficile et, çà et là, il leurs fallait enjamber des cadavres de démons atrocements brûlés.
Tous ces cadavres leurs racontaient une histoire. Celle de leur propre mort, dans d' atroces souffrances. Nul doute que ce qui était arrivé aux démons et aux mouches, leur arriverait aussi, dès qu' ils seraient repérés.
<<- Il faut espérer que nous aurons un bon abri, dès que nous aurons découvert la source du signal. >>
<<- En trouver un ne sera pas le plus dur. Répondit Stuudman. Il faudra encore pouvoir en sortir. Et le Synoom ne sera pas là pour nous y aider. >>
<<- Rappelles- moi, pourquoi on était volontaire ? >> Ironisa Boojyi.
<<- Là, ça m' échappe. >> rendit Stuudman dans un regard souriant.
A ce moment, le radar bippa. Il avait accroché une émission du signal plus nette. Enfin !
Stuudman fit le point sur l' émission et calcula sa position. Le radar indiquait un point précis dans la montagne.
Ils avaient enfin trouvé une entrée. Car seule une entrée laisserait passer un signal radio plus nettement . Cela faisait, en effet, un point faible dans toute la masse montagneuse, qui laissait passer plus d' amplitude d' ondes.
Soulagés d' avoir enfin touché au but, Stuudman et Boojyi se remirent en marche, presque au pas de gymnastique. Ce signal plus fort les attiraient comme un aimant. C' était, d' ailleurs, peut- être leur seule chance de survie sur cette planète.

Le Synoom était en orbite de la Terre. Celle du troisième millénaire avant J.-C, selon le calendrier terrien, 700 ans standards plus tôt, selon le calendrier de l' Empire.
Le voyage dans le temps s' était bien passé et tous les appareils fonctionnaient optimalement. Saan se tourna vers Ooshi :
<<- Et maintenant, que faisons- nous ? >>
<<- On recherche Aarun et on le rapatrie. >>
<<- Ce devrait être facile, il suffit de le localiser et d' aller le récupérer. >>
<<- Je suis d' accord, Commandeur. Enfin une mission qui semble simple. >>
Puis, se tournant vers Dina:
<<- Recherche le contact avec le communicateur d' Aarun, et fais- lui savoir qu' il n' est plus seul.>>
Dina s' exécuta et lança un appel sur la fréquence habituelle. Tous s' attendaient à entendre la voix de leur Empereur, en retour, mais rien ne vint.
Dina relança son appel une deuxième puis une troisème fois. Rien. Aarun était introuvable. Ooshi interrogea Saaba du regard. Celui- ci comprit ce qu' il voulait dire et répondit :
<<- Peut- être que son communicateur à été déréglé pendant le transfert dans la boucle- piège. C'est une hypothèse .>>
Ooshi acquiesca et donna l' ordre à Dina de lancer un appel sur toutes les fréquences couvertes par les communicateurs de l' Empire. Celle- ci s' activa alors à passer en revue toutes les bandes passantes à disposition. Le résultat pouvait néanmoins se faire attendre un peu, il y avait des milliers de fréquences à passer en revue.
Inlassablement elle lança le même appel manuellement sur les ondes :
<<- Aarun, ici le Synoom, A toi...>> Et attendait, et attendait. Toujours rien.
Sur la passerelle, tous les sourires s' étaient effacés des visages joviaux à l' idée d' une mission simple. Si Aarun était injoignable, il faudrait le chercher, sur la planète. En plein milieux de l' Egypte antique. Cela voulait dire, sans armes, sans moyens de sécurité. Avec le risque de faire un faux pas et de froisser quelqu' un. Un paysan, un marchand, mais aussi des représentants de l' ordre et du pouvoir en place.
Combien de fois de banales mission de contact avaient étées mises en péril pour une chose anodine. Et se concentrer sur ses moindres gestes, ses moindres paroles était épuisant. Même pour des soldats d' élite comme ceux de la Garde Impériale. Sans compter tous les paradoxes temporels possibles.
Dina continuait de lancer ses appels. Cela faisait comme un bruit de fond désagréable, un bruit de fond qui annonçait des ennuis.
Ooshi et Saan se regardèrent en silence. Pourquoi rien n' était jamais simple dans l' armée de Dieu.
C' est alors qu' une alrme cria sur la passerelle. Elle était déclenchée par la console tactique que Topd occupait à la place de Pool, celui- ci se reposant un peu.
D' un bond, Ooshi et Saan se regroupèrent autour de Topd.
<<- Qu' y a-t- il ? >>Demanda Saan.
<<- Ben, vous allez pas le croire, mais on est accroché radar. Je ne sais pas d' où ça vient, mais si on ne bouge pas d' ici on va se ramasser un tir. >>
<<- Dans ce monde primitif ? Un tir de disrupteur ? Tu rigoles...>> Ironisa Ooshi
<<- Je confirme, dit Saaba, nous sommes bien accroché par un vaisseau de combat infernal. >>
<<- Vaisseau ennemi prêt à faire feu, Jembaar sors nous de là !!! >>
Sans passer par l' approbation de Saan ou d' Ooshi, Jembaar fit exécuter au Synoom une manoeuvre d' évitement d' urgence.
Saaba, qui scannait le vaisseau ennemi, donna des précision :
<<- C' est bien un vaisseau de l' époque. Ce qui est étrange, c' est qu' il soit là, actuellement. L' empire de l' époque était en paix relative, et nous somme dans sa zone d' influence. Ce vaisseau ne doit pas être là. >>
<<- Ben il y est, et il nous a en ligne de mire. Permission de faire feu ? >> Cria Topd, impatient, comme toujours, d' en découdre.
<<- OK, allez- y. Détruisez- moi ce salopard. >> Ordonna Saan.
<<- NON, surtout pas. Pensez au paradoxe. Il y a peut- être à l' intérieur de ce vaisseau des démons qui joueront un rôle important dans notre propre passé. Si nous les tuons, nous changeons le futur à tout jamais. >> Coupa Saaba, penché sur le problème.
<<- Alors qu' est-ce qu' on fait ? >> Demanda Topd, qui voyait une bonne bataille lui passer sous le nez.
<<- On fuit dans l' hyperespace et on revient plus tard. >> Laissa tomber l' attaché scientifique.
<<- Fuir ? >> manqua s' étrangler Topd, pour qui cette simple idée tenait du déshonneur.
<<- C'est notre seule solution pour le moment. >> Rétorqua Saaba.
Saan se tourna vers Jembaar et lui donna l' ordre de calculer une courbe d' évitement dans l' hyperespace. Le pilote, spécialiste crestien en navigation, rentra les nouvelles données de vol dans les puissants ordinateurs positroniques et, très vite, l' écran tridimensionnel afficha la nouvelle trajectoire.
Le vaisseau trembla imperceptiblement quand la matière se mélangea à l' anti- matière dans le réacteur d' exponentielle. Une fenêtre d' hyperespace s' ouvrit devant le Synoom et le gigantesque vaisseau fût aspiré dans la- dite fenêtre.
Un trait de disrupteur parti, à ce moment- là, d' un point situé entre la Terre et la lune, et se perdit dans l 'immensité de l' univers.
Raté.

Cela faisait un moment que Nedwak observait les deux hommes, par le biais d' un satellite espion. Il n' avait pas localisé leur appareil, les boucliers d' invisibilité de l' Empire étaient au point. Si Nedwak arrivait à localiser, puis à prendre possesion du bâtiment, Asmodée et ses laboratoires se feraient une joie de le démonter et d' en examiner tous les dispositifs. Les perspectives d' avancement seraient réelles, il sentait presque ses cornes pousser.
Avant cela, il fallait déjà trouver l' emplacement de l' aviso et y envoyer une légion. Hors, Nedwak pensait que cela prendrait un bon moment.
Mieux valait se focaliser sur les deux hommes, dans le désert. Ils marchaient depuis des heures. Les septante- cinq légions arriveraient sur les lieux, avant la fin de l' après- midi.
Dès lors, le temps des deux hommes de l' Empire serait compté.
Mais voilà que les deux soldats changeaient brusquement de direction et entreprenaient d' escalader la montagne.
Nedwak fit le point sur leur cap et en détermina le but. Etrangement, le cap coïncidait avec l' émanation du signal ennemi de l' Empereur. Tout cela était donc lié, et il semblait bien que l' Empereur soit sur Terre, actuellement.
Ce qui chiffonait l' humain en manque de cornes, c' était que l' effectif envoyé pour le sauvetage était pour le moins réduit. Seulement deux hommes.Voilà qui était étrange et qui méritait d' être creusé.
En effet, il aurait été logique que l' Empire envoye tout une armada de vaisseaux de guerre, pour repêcher son souverain.
Soit les deux soldats possédaient des armes de destruction massive, soit ils étaient fous. Nedwak pensait que dans le vaisseau devaient se trouver plusieures équipes d' extraction surentraînées. C' était le plus logique. Les deux hommes devaient être des éclaireurs et le gros de la troupe devait être restée à l' abri des boucliers d' invisibilité.
L' humain enregistra un rapport pour son chef, Asmodée. En gros il disait que tout était sous contrôle. Il ne parla pas du vaisseau, encore moins des deux silhouettes qui escaladaient la montagne.
Il signala cependant que la source du signal venait d' être trouvée et que les légions envoyées étaient en route. Deux bonnes nouvelles.
Plus tard, il annoncerait, victorieux, la prise du petit vaisseau de l' Empire et la destruction définitive de son équipage. Peut- être ordonnerait- il de faire quelques prisonniers, pour qu' Asmodée puisse les torturer et passer sa rage dessus. Un bon divertissement qu 'il lui offrirait.
Nul doute que ses cornes étaient à sa portée.

Asmodée commençait à s' ennuyer ferme dans le palais de Bélzébuth. Les fioritures mielleuses que le Démon employait pour Lui parler, commençaient à Lui taper sur le système.
Il était grand temps de rentrer dans son nouveau palais et de visiter ses chers laboratoires. Les mathématiques et la recherche de nouvelles technologies lui manquaient.
Il n' était pas fait pour diriger, même s' Il ne crachait pas dans la soupe. Etre Maître des Enfers était une position enviable. Mais le nouveau Démon Supérieur n' était pas trop interressé par la politique. Ce qui comptait, ce qui avait toujours compté, c' était les sciences. Ahh, les sciences ! Jamais d' imprévus, que des bonnes surprises. Un univers de règles et de rigueurs. Un monde où le hasard n' avait pas sa place. On était alors bien loin des complots et des velléités personnelles des petits démons inférieurs. Sans compter les humains. Une plaie.
Les humains Lui firent penser que Nedwak n' avait pas fait de rapport depuis belle lurette. A ce moment, son communicateur bippa. Le menu indiquait qu' il s' agissait d' un message enregistré.
Asmodée effleura l' écran et une image tridimensionnelle sortit de la cellule de visualisation. C' était bien ce casse- pieds en manque de cornes.
Le message l' informait que tout allait bien. Cette idée !
Soit Nedwak était un incompétent de plus, soit il ne se rendait pas compte de la situation. Bien que le Synoom ait disparu du continuum, le signal de l' Empereur émettait toujours. De plus, une navette avait été éjectée du vaisseau. Celle- ci s' était posée sur Terre. Il était donc impératif de leur tomber dessus. D' en tuer une bonne partie et de s' emparer de leur aviso.
Etonnant que ce Nedwak n' y ait pas pensé.
Dans un soupir exaspéré, le Maître éteignit le communicateur et le rangea. Il fallait tout contrôler et tout superviser. Même ce que l' on déléguait.
Décidément, les Enfers n' étaient plus ce qu' ils étaient.

Le saut en hyperespace les avaient éloigné de millier de parsecs, de la Terre. Il en étaient sortis aux alentours de la planète Pluton, la plus éloignée du soleil. Visiblement, le vaisseau ennemi n' avait pas eu le loisir de les suivre en hyperespace. Les détecteurs de l' époque ne le permettait pas encore.
Saan, en bon stratège, fit positionner le Synoom derrière la planète, et, cette fois, fit lever les boucliers d' invisibilité. Pas question de se refaire prendre une deuxième fois.
Saaba scannait le système solaire de la Terre pour déceler la présence d' autres vaisseaux infernaux, mais aucunes signatures n' étaient visibles sur ses écrans. Tout semblait revenu à la normale.
Gardant néanmoins un oeil sur le vaisseau infernal, il se tourna vers Ooshi, son Commandant :
<<- Notre position n' a pas étée détectée par l' ennemi. Je me demande quand- même ce que faisait un tel vaisseu si loin de la zone d' influence du Mal.>>
<<- Je trouve aussi étrange qu' il soit là. Recherches les traces d' un tel vaisseau si près de la Terre, dans les archives. Ordonna Ooshi à Saaba. >>
Saaba se pencha sur sa console scientifique et commança à pianoter sur son clavier tactile. Au bout d' un moment, il se retourna pour faire son rapport :
<<- Aucune trace d' intrusion ennemie à cette époque, dans les bandes- mémoires. >>
<<- Pourtant un tel vaisseau, un croiseur fortement armé qui plus est, n' aurait pas manqué de se faire détecter, renchérit le commandeur Saan, même avec le réseau primitif de satellites de l' époque. >>
<<- C' est aussi mon avis, rétorqua l' attaché scientifique, De plus cette intrusion constitue une violation d' un traité de paix. La riposte aurait dû être immédiate. >>
<<- Qu' est- ce que cela veut dire, demanda Ooshi >>
<<- Soit que le capitaine de ce navire est un as des déplacements furtifs, soit que le passé à déjà changé. Peut- être par notre seule venue. >> Analysa Saaba.
<<- Un démon spécialiste en déplacements furtifs... railla Topd... c' est nouveau... en effet. >>
<<- Pour une fois, Topd à raison. C' est donc que le passé à déjà changé imperceptiblement. Reste à savoir ce que nous devons faire dans ce cas. Si ce navire ne doit pas être là, autant y retourner et le détruire...>> Renchérit le Commandeur.
<<- Les paradoxes, coupa Saaba, le mieux est de le laisser s' en aller et, alors, de retourner continuer la mission de repêchage d' Aarun. >>
<<- D' abord fuir et ensuite le laisser partir... maugréa Topd, au bord de l' ulcère, pas de doute, cette mission va faire de nous de véritables héros... >>
Ooshi et Saan examinèrent la situation en tenant compte des différents avis. La prudence pour Saaba, la tête brûlée pour Topd.
Il était clair qu' en tant que Bâtiment Impérial, le Synoom et son équipage se devaient de faire régner l' ordre dans les zones d' influences du Bien. Mais il fallait tenir compte du fait qu' ils n' appartenaient pas à cet Empire, vieux de 700 ans standards.
Saan argua que l' on pouvait agir chirurgicalement en visant les moteurs du croiseur infernal. Cela les empêcherait de s' enfuir et d' avertir les forces de l' Enfer, de la venue d' un gigantesque navire de guerre, dépassant du triple le tonnage des plus gros vaisseaux- mères de l' époque.
Car si une telle information arrivait aux oreilles du commandement infernal, celui- ci ne manquerait pas de déclencher une vaste opération militaire en prétextant une disproportion des forces en présence d' armement.
Ooshi se rangeait à ses propos. Pour ne pas changer plus le passé et maintenir la paix relative entre les deux protagonistes, le Bien et le Mal, l' information ne devait pas sourdre le moins du monde.
Le commandant de la Garde argua alors qu' il faudrait également les empêcher de transmettre l' information de leur présence, par les ondes.
Dina le rassura :
<<- Avec la technologie des transmissions de l' époque, nos cerveaux positroniques n' auront aucun mal à se câler sur toutes transmission sortantes, pour les brouiller ensuite. >>
<<- Très bien, dit Ooshi en se retournant vers Jembaar, Calcules- nous une trajectoire d' interception par l' arrière. >>
Saan, qui connaissait mieux les manoeuvres, renchérit :
<<- Sortie d' exponentielle à deux parsec de l' engin, tous boucliers baissés. Feu à volonté sur les moteurs principaux et de distorsion, dès la sortie. >>
<<- Et c' est parti ! >> Annonça Jembaar.
<<- Comme à l' entraînement, trop facile...>> se vanta Topd.
<<- Les fréquences sont déjà surveillées et le brouillage effectif. >> Dit Dina
<<- Que Dieu nous garde...>> Pria Saan
La fenêtre d' hyperespace s' ouvrit et le Synoom fût aspiré pour un micro- saut en exponentielle.

Nedwak ne s' attendait pas à ce qu' Asmodée rentre si vite. Cela réduisait très fortement ses chances d' apporter sur un plateau, la navette de l' Empire et son équipage.
De fait, le Maître avait voulu fourrer son museau partout. plutôt ses trois museaux, car la particularité du Démon était d' avoir trois têtes: celle d' un taureau, celle d' un homme et celle d' un bélier. Il avait laissé traîner sa queue de serpent dans les moindres recoins du palais.
Celui- ci avait été nettoyé des armoiries de Lucifer, qui fûrent remplacées par celle du nouveau Maître : Un dragon, monture préférée d' Asmodée, du temps où ces animaux pullulaient encore sur les Enfers.
Peu réceptif aux fastes de la cour, le Démon ne s' était arrêté que peu de temps sur la nouvelle décoration du palais, et s' était bien vite rendu à la salle de contrôle satellite, pour tomber à bras raccourcis sur ce pauvre Nedwak.
Très intelligent, Asmodée n' avait d' ailleurs pas fait longtemps pour découvrir que Nedwak lui avait caché des choses importantes. Si l' humain avait suivi le même raisonnement que Lui, il Lui avait cependant caché ses nouveaux objectifs. C' était là quelque chose que le Maître ne pouvait laisser passer.
Nedwak, loin de se faire féliciter pour ses initiatives, passait donc un mauvais quart d' heure. Bien qu' Asmodée semble d' accord sur le fait d' envoyer vingt- cinq légions supplémentaires, Il ne l' était de loin pas sur le fait d' attendre que les troupes arrivent sur les lieux pour agir. Les enfers disposaient de tout un arsenal tactique et un missile pointé sur les deux hommes aurait déjà réglé le problème.
<<- Mais, Seigneur, Je n' allais pas bombarder notre propre planète, de plus... >>
<<- Et qui voulais- tu tuer d' autre. Il n' y a là- bas que des cadavres de démons et de mouches tués dans la rébellion de Bélzébuth. Coupa le Maître. >>
Nedwak ne savait que répondre. Il eût une illumination :
<<- Nous n' avons qu' à leur en envoyer un maintenant. Les légions de renforts ramasserons leurs cendres en arrivant. >>
<<- Tu le fais exprès ? Nos troupes sont beaucoup trop près, maintenant. Elles seraient étouffées par les mouches soufflées par l' explosion. >>
Se résignant à ne pas gaffer une fois de plus, Nedwak demanda ses instructions.
<<- Tu vas me surveiller ces deux soldats. Au moindre sourire, à la moindre mèche déplacée, tu m' avertis. C' est clair ? >>
<<- Oui, oui, Seigneur. La moindre mèche...j' ai bien compris. >>
Asmodée s' en retourna dans ses appartements et Nedwak lança quand même un ordre aux légions, pour qu' elles se hâtent.
Sur l' écran d' un des postes, les deux soldats s' étaient arrêtés et semblaient inspecter leur environnement. Mais ils ne souriaient pas et leur coiffure ne se voyait pas, sous leur casque.
Il valait mieux prendre ses ordres à la lettre.
Pas de quoi alerter le Maître.

Boojyi et Stuudman inspectaient en effet les alentours. Le radar indiquait une crête de grande amplitude du signal de leur Empereur. Il semblait bien que l' entrée de la cavité abritant la source du signal, était quelque part, par là. Mais où ?
Ils fouillaient à présent les rares buissons étriqués et les massifs de ronces, acérés comme des lames de rasoir. Rien. Pas de faille, pas de renfoncement et pas de grotte.
<<- Tu es sûr que c' est ici ? demanda Boojyi. >>
<<- Pas de doutes, mon ami. Je dirais même que cela vient de cette plaque rocheuse- là, répondit Stuudman en indiquant un surplomb rocheux. >>
<<- Et on appuye sur le bouton pour l' ouvrir ? >> ironisa l' enseigne.
Stuudman réfléchit. Si les appareils indiquaient que la source du signal était derrière cette plaque rocheuse, c' est qu' elle se trouvait bien là. Comment avait atterri cette masse sur la source, mystère. Mais le fait que le signal de l' Empereur soit ici, l' était tout autant. Il fit part de ses réflexions à son partenaire.
<<- Alors on fait tout sauter, lança Boojyi >>
<<- Non, on risque de détruire la source du signal. De plus, on se fera repérer à tous les coups.>>
<<- On sera repérés de toutes façons, même si on reste ici à regarder passer les nuages, alors... >>
<<- Le risque est trop grand... mais que fais- tu ? >>
Le disrupteur était une arme lourde, pouvant causer de gros dégâts, même dans les blindages les plus épais. Boojyi levait justement son arme, réglée au maximum de puissance. Un grésillement se fit entendre pendant que l' arme se chargeait ioniquement.
Stuudman eût un geste pour arrêter son partenaire et l' empêcher de tirer pour les raisons qu' il venait d' émettre.
Trop tard, Boojyi avait déjà écrasé la détente tactile de l' arme et l' air s' emplit d' une forte odeur d' ozone grillée. Un trait énergétique fusa du canon et s' abattit sur la masse rocheuse recouvrant la source du signal.
Un formidable nuage de poussières incandescentes s' éleva alors en un panache de cendres noires. L' air devint irrespirable et poisseux de suif et Stuudman ne voyait même plus cet imbécile de Boojyi.
Quand l' air devint un peu plus transparent, bien gris quand même, Stuudman ne vit toujours pas son partenaire. Cherchant la masse rocheuse, il ne la trouva pas non plus. Peut- être que Boojyi l 'avait volatilisé en même temps que sa petite personne. Il se retrouvait peut- être seul sur la palnète des Enfers. On trouvait nettement mieux comme programme des réjouissances.
Les cendres s' éliminant de l' air, Stuudman s' aventura plus avant, vers l' endroit où se situait, précédemment, le gros rocher en surplomb. Il remarqua en s' avançant que la masse de roche faisait place maintenant à une anfractuosité dans la montagne. Pas bien grande, plutôt une faille très svelte. Juste la place pour laisser passer un homme de front. Et encore, un pas bien gros.
L' intérieur, pour ce qu 'il en voyait depuis le bord, était noir comme un four. La faille semblait s' enfoncer dans la montagne en pente douce, assez haute cependant pour marcher debout. Il lança un petit cailloux pour en éprouver la profondeur et, au bruit, détermina que le boyau ne devait pas dépasser quelques quatres ou cinq mètres. Un bien piètre abris, face aux légions qui n' allaient certainement pas tarder à leurs tomber sur le poil.
Leurs ? Et où était passé Boojyi ? Nul part, il ne le voyait. Pourtant le terrain n' offrait aucune cachette. Stuudman pensait que Boojyi avait bien été vaporisé avec la roche, étant trop près de la cible. Il avait dû prendre un rayon en retour et pffft, plus de Boojyi.
<<- Quand tu auras fini de rêvasser, tu penseras à me tirer de là ? >> Dit la voix de Boojyi.
Mais Stuudman avait beau chercher, il ne voyait pas son compagnon d' arme.
<<- Regardes en bas ! >>
<<- Et où, en bas ? >>
<<- Dans l' entrée, fais attention au trou. Dépêches- toi, c'est assez inconfortable ! >>
Stuudman s' avança vers l' entrée de la faille. Il n'y voyait décidemment rien du tout. Prudemment, il fit glisser ses pieds sur le sol, exécutant une sorte de "moonwalk" vers l' avant. Bien que peu représentative des nouvelles modes de danse, cela avait l' avantage de ne pas être surpris par un obstacle au sol.
De fait, ce n' était pas un obstacle, mais un trou qui attendait le caporal- artilleur. Son pied glissa, mais Stuudman ne se fit pas prendre au piège.
<<- Eh, arrêtes de m' envoyer des cailloux sur la tête. >> Fit la voix de Boojyi, qui semblait sortir de Terre.
<<- Peux- tu m' expliquer ce que tu fais là, en bas ? >> Demanda Stuudman en envoyant une torche, puis une corde à son camarade en fâcheuse posture.
<<- Je pense que j' étais trop près de la cible. Le tir à fait exploser la masse rocheuse, mais a aussi creusé ce petit gouffre. >>
Tirant sur la corde pour remonter Boojyi, Stuudman maugréa:
<<- Et maintenant c' est sûr, toutes les légions de l' Enfer sont au courant de notre présence ici. >>
<<- Tu ne penses pas qu' ils le savaient depuis longtemps ? >>
<<- Peut- être, maintenant c' est certain. >>
<<- En tous cas, on a un abri...>>
<<- Un abri ! Coupa Stuudman, un boyau de cinq mètres de long, à tout casser, tu appelles ça un abri ? >>
<<- Avant on avait rien du tout...>>
<<- La prochaine fois que je me porte volontaire pour une mission avec toi, rappelles- moi de donner ma démission sur le champs. >>
Boojyi rit de bon coeur. Les deux hommes s' entendaient bien. Rien ne servait de pleurer, ils étaient volontaires pour cette mission. Ils rassemblèrent leurs effets et leurs armes et refirent le point sur le signal. Tout semblait normal et les appareils montraient un signal fort et puissamment stable. Boojyi avait vu juste. Restait le problème de l' abris. Car l' exploration du boyau n' avait rien donné. Les parois en étaient lisses, rien ne sonnait creux. Pourtant les appareils indiquaient, tous sans exeption, que les deux hommes se trouvaient à la source du signal de l' Empereur.
Stuudman entreprit d' examiner le boyau plus méthodiquement, tandis que Boojyi entreprit de pièger les abords de la faille. L' enseigne installa ensuite le disrupteur à l' entrée, pointé vers le désert de cadavres.
Il était prêt à en découdre pour sa vie.

Nedwak avait tout observé, par le biais du satellite espion. Il avait suivit les recherches des deux soldats de l' Empire, sur le flanc de la montagne.
Ils ne semblaient d' abord rien trouver, et l' humain jubilait. Les septantes- cinq légions avançaient à un rythme soutenu et les soldats ennemis étaient toujours à découvert.
Puis un des deux fous, leva une arme bizarre autant qu' étrange et Nedwak compris que c' était là un disrupteur, quand Boojyi fit feu. Grâce aux capteurs infrarouge du satellite, il avait pu suivre les déplacement des deux hommes, dans le nuage de poussières qui suivit le tir. Il vit Boojyi tomber et disparaître des senseurs, et Stuudman le rechercher en tourniquotant autour de la faille, qu' avait dégagée le tir.
Maintenant que le nuage s' était dissipé, Nedwak voyait très nettement les deux hommes s' affairer pour rassembler leurs armes et entrer dans la faille. Ils avaient assûrément trouvé la source du signal.
Nedwak appela aussitôt Asmodée, sur son communicateur direct.
<<- Seigneur, pardon de vous redéranger, mais bien plus que sourire, les deux hommes rient franchement...>>
<<- Est- ce que tu veux vraiment que je te remette à ta fonction d' enseigne, Humain ? >> Coupa le Maître.
<<- Certe non, Grand Seigneur. Mais vous m' avez bien dit qu' au moindre sourire...>>
<<- Et tu prends tout au premier degré, bien sûr ! Comprends- tu pourquoi l' humanité est faite pour servir et non être servie ? >>
<<- Et c' est un grand honneur que de vous servir, assura Nedwak qui n' y comprenait plus rien. Cette fois il avait fait exactement ce qu' il lui était demandé. Il n' empêche que l' ennemi à trouvé l' entrée de ce qui semble être une grotte ou quelque chose du genre. Ils s' y sont abrités, mais les légions devraient être à pied d' oeuvre d' ici quelques centiars. >>
<<- Et tu ne peux pas le dire tout de suite ? Eructa, furieux, le nouveau Prince. >>
<<- Vos consignes concernaient les coiffures et les sourires...>>
Asmodée coupa la communication. Il ne savait si Nedwak faisait exprès ou pas, d' ailleurs que pouvait- il bien attendre de cette race créée par Dieu ?
De rage devant tant de bêtise, il pulvérisa plusieurs objets de ses appartements et, une fois la crise passée, se rendit en salle de contrôle satellite.
Mieux valait prendre les choses en main.

