Michaël, l' Horus vivant
Par Giauque Cédric
Levé de bon matin, Chénar s' apprêtait à passer une dure et longue journée. Assis dans son bureau, richement décoré, il attendait trois généraux pour une entrevue décisive pour l' avenir des Deux- Terres.
Il savait que dans l' armée, on vivait mal ces années de paix. Même une solde confortable ne suffisait pas à calmer les ardeurs guerrières de certain. Hors, Chénar savait par ses espions personnels, que les trois généraux n' étaient pas d' accord avec le pouvoir en place. Pour eux, il fallait conquérir de nouveaux territoires. Par la guerre, passait la grandeur de l' Egypte.
Le général des charreries, Paÿ, fût le premier à se faire introduire auprès du vizir, fils de pharaon. Pour le faire patienter, Chénar lui offrit du vin rare et précieux, et des pâtisseries fourrées au miel. Coulant à flot dans des coupes en or, le vin était un nectar tenu au frais dans des jarres poreuses. Par la chaleur qui commençait à se faire sentir, il était tout simplement délicieux de se laisser aller à ce plaisir- là.
Vinrent ensuite le général des archers et celui de l' infanterie, Soleb et Horyi. Ils goûtèrent au vin et aux pâtisseries avec plaisir. Bien que généraux, donc une position matérielle confortable à vie, la vie en caserne offrait peu de moment de détente. C' est donc sans scrupule qu' ils se laissèrent aller, tous trois, dans les coussins de laine au rembourrage voluptueux.
Des banalités furent échangées et, enfin, vint le moment de parler franchement :
<<- Messieurs, vous n' ignorez pas que pharaon se complaît dans une situation de paix. Pour nos ennemis, il perd de sa puissance, l' Egypte avec lui. Bientôt, les velléités des Hittites referont surface. Déjà, mes espions et les diplomates rapportent de biens mauvais présages. Commença Chénar. >>
<<- Et pouvons- nous savoir lesquels, grand vizir ? >>
<<- Bien entendu, général Paÿ. Mais avant toutes choses, il nous faut sceller un pacte de secret. De secret d' Etat même. Promettez vous de ne rien divulguer de cet entretien ? >>
Les trois généraux jurèrent par Amon et par Horus que rien de ce qui serait dit ne sortirait de leur cercle des quatre. Ils commençaient d' ailleur à se faire une idée de leur invitation.
<<- Il est de fait, commença Chénar, que le Hati jalouse les terres qui bordent notre frontière. Plusieures anicroches entre des gardes frontières et des bédouins hittites m' ont été rapportées. >>
<<- Ceci est peu crédible, Majesté ! Pharaon aurait déjà lancé une offensive. Il ne conquiert plus, mais saurait faire respecter la paix instaurée par lui. >>
<<- Très juste, général Soleb. Encore faut- il que pharaon en ait connaissance..., laissa planer le vizir, vous n' ignorez certes pas que les documents diplomatiques passent par moi d' abord... >>
La question était posée, et avec elle, la réponse qui allait de mise. Les trois généraux, hauts fonctionnaires, étaient des habitués des bruits de couloirs, à la cour de Séthy. En effet, comme il était de tradition millénaire, ce n' était jamais des militaires qui commandaient à l ' armée d' Egypte, mais des scribes particulièrement brillants, par exemple.
Ils étaient donc au courant des vues de Chénar sur le trône de son père. Il paraîtrait même qu' il employait des moyens hors du commun, comme la magie, pour s' emparer du trône des Deux Pays.
Le général Horyi, un bedonnant personnage, les joues flasques et la peau tannée par le désert, rompit ce moment de révélations :
<<- Et que sommes- nous censé faire, dans vos plan. Jamais nous ne nous soulèverons contre Séthy. Cette seule cause serait perdue d' avance. Le pharaon a trop de soutiens dans l' armée. >>
<<- Jamais je n' ai parlé d' un coup d' Etat, général. Pharaon est actuellement en voyage. Un dur et long voyage dont il ne reviendra pas. Vous pouvez en être sûr. Grâce à Seth...! >>
Dans les yeux du vizir, brillait un feu contenu avec peine. Les trois généraux ne sûrent pas s' il était fait de folie ou de haine.
De toutes façons, Chénar était un homme dangereux.

Par déplacement télékynésique, Lucifer et Lucifer- prime s' étaient rendus auprès de Réhsy, le marchand du Hati.
Celui- ci était en train de courir après son âne, qui s' était éloigné en bas de la dune, pour profiter de l' ombre d' une palmeraie. Il pestait contre tous les Dieux d' Egypte, quand les deux Démons lui tombèrent sur le poil.
Réhsy, transi de peur devant les yeux toujours aussi rougeoyant, s' agenouilla devant les deux apparitions.
<<- Relèves- toi, humain, et parle nous de ta mission ! >>
Les palmiers frémirent et il sembla à Réhsy que de petits tourbillons de sable se soulevaient ici et là. La voix portait comme un coup de tonnerre qui déchirait le silence de l' endroit. Il remarqua que plus un bruit n' était perceptible. Plus de chants d' oiseaux, plus de jappements de chiens errants, rien. Un silence total et visqueux.
<<- Ma mission... oui... et bien..., bredouilla le marchand. >>
<<- Veux- tu absolument nous mettre ne colère ? Parle ! Pharaon est- il mort ? >>
<<- Ben...Pharaon pas exactement, Votre Grandeur, mais son fils est gravement blessé. J' en suis certain. >>
<<- Ce n' était pas exactement ce que nous avions prévu ! >>
<<- Mais la magie de pharaon est plus grande que mes pouvoirs, qui sont une véritable bénédiction de votre Grandeur, Majesté. J' ai tout fait ce qui était possible. Seul le jeune prince a été blessé. On ne ressort jamais vivant d' un combat avec un hippopotame, Sire. >>
<<- Donc, tu as échoué. Je ne peux te laisser impuni pour cette faute. >>
<<- Pitié, Maître. J' implore ta grande mansuétude. Cela ne se reproduira plus, je le jure ! >>
Le marchand implorait Seth et L' si- Fer, à genoux. Sincère dans ses paroles, il souhaitait vraiment faire mieux la prochaine fois.
Lucifer donna un coup d' oeil à Lucifer- prime. Un sourire en coin, engageant, fit penser à Réshy qu' il était pardonné. Louée soit la grandeur de Seth et de L' si- Fer !
<<- Tu as raison, humain. Cela ne se reproduira plus ! >>
Dans une incompréhension totale, le marchand hittite releva la tête.
Ce qu' il vit le glaça d' effroi.

Le temps pressait. Chaque heure qui passait, rapprochait le jeune Ramsès du royaume d' Anubis. L' état du prince plongeait Séthy dans une profonde tristesse, mais n' en laissant rien paraître, il avait donné son consentement à l' opération prévue par Aarun.
Celui- ci, détectant le même groupe sanguin chez Ramsès et chez lui, prévoyait de pratiquer un geste qui sauverait le prince mais était inconnu en si lointaine époque : la transfusion sanguine.
Disposant de son tricordeur médical qui lui rendrait un grand service, l' Empereur n' en était pas moins tendu. Ses connaissances médicales ne valaient de loin pas celles de Mackoll, le médecin de sa Garde. La Talinienne lui manquait subitement énormément. Aussi dut- il réfléchir un long moment, avant de se préparer à sauver la vie du jeune prince d' Egypte.
Il avait naturellement adjoint le médecin de pharaon à ses plans, ceci afin de ne pas froisser le praticien et pour donner une sorte de légitimité à ses actes, aux yeux de pharaon.
Le médecin du bord avait expliqué, horrifié, que le sang était un fluide très précieux. Il était éthiquement impensable de transférer du sang d' une personne à une autre.
Patient, Aarun avait rallié le médecin à sa cause. L' affaire dura quand même trois bonnes heures, dans la chaleur harassante de la tente de pharaon.
Pour finir, Aarun avança qu' il était de sang royal, lui- aussi, et que le sang de Ramsès ne serait pas souillé. Cet argument fit étrangement mouche auprès de Séthy. Avec un brin d' hésitation et après avoir demandé l' assurance que Ramsès survivrait à l' opération, le souverain des Deux- Terres donna mollement son accord. Le médecin n' avait plus qu' à se conduire selon la volonté de son roi.
Aarun et le praticien partirent à la recherche d' une tige végétale, pouvant être évidée, mais ne présentant pas un diamètre trop grand. L' Empereur pensait pouvoir s' en servir pour relier son système sanguin à celui de Ramsès. Elle devait, de surcroît, être assez souple et étanche sur sa longueur..
Ils trouvèrent leur bonheur dans un champs de roseaux, au bord du fleuve. Une jeune tige encore verte ferait très bien l' affaire.
Rentrés au camps, les deux hommes s' affairèrent à préparer le nécessaire pour l' opération. De l' eau fût mise à bouillir, afin de stériliser la tige et les serviettes, les lames de couteaux.
Pendant que le médecin, habitué à ce genre de travail, évidait la tige, Aarun préparait son tricordeur médical. Il lui faudrait inciser les chairs très précisément afin d' atteindre les artères directement. Puis il faudrait tout de suite refermer la plaie autour de la tige végétale qu' il introduirait.
C' est là que tout se jouerait car il ne faudrait pas introduire de bulle d' air dans les artères, sous peine de mourir presque instantanément.
Le médecin égyptien préparait maintenant le jeune prince pour l' opération. Méthodiquement, comme lui avait expliqué Aarun, il nettoya le cou du jeune prince. Il disposa une serviette stérilisée, encore chaude, sous la nuque de Ramsès, puis en disposa une de chaque côté du cou. La transfusion se ferait dans la carotide, Aarun n' étant sûr de ne trouver que cette artère du premier coup, lui se retrouvant alors avec un tige plantée dans l' artère de l' un de ses bras.
Quand tout fût prêt, Pharaon se retira dans le désert pour y prier Amon- Rê. Il pria également Anubis de lui rendre son fils et Khépri d' opérer toutes les transformations nécessaires à la régénérescence de son jeune fils. Il demanda à Horus sa protection et à Isis la guérison.
Par Lui s' opérerait le transfert de l' énergie divine, qu' il transmettrait à Ramsès. Le dépositaire de la magie d' Amon, sur Terre, se lança dans un long dialogue avec les Dieux.
Le médecin, qui assistait toujours Aarun, alluma des lampes à huile qui brûlaient sans fumée. Il fit brûler de la myrrhe et de l' encens dans des coupoles en or, finements ciselées et incrustées de lapis- lazuli, afin de contenter les Dieux et s' octroyer leur bénédiction.
Sur le lit, Ramsès était tombé dans un coma léger et sombrait toujours un peu plus vers le royaume d' Anubis. Très pâle, grelottant de froid malgré la chaleur accablante, le prince luttait contre la mort qui l' envahissait, faute de sang.
C' était maintenant ou jamais.
Tenant fermement le tricordeur médical dans une main et la tige dans l' autre, Aarun alluma l' appareil en mode "diagnostique". Un léger bourdonnement se fit entendre, ce qui intrigua le médecin égyptien qui fit comme si de rien n' était, lancé qu' il était dans une litanie rituelle dédiée aux Dieux.
Après une courte prière, Aarun se détendit en inspirant et en expirant profondément. D' un geste sûr, il approcha le tricordeur de son avant- bras. L' appareil détecta la position de l' artère et bippa. Aarun changea alors le mode du tricordeur sur "opération".
Le bourdonnement se fit plus fort sous l' effet de l' activation du rayon laser. Inspirant à fond, Aarun posa la tête laser sur l' emplacement détecté auparavant et actionna un bouton situé sous son pouce.
Les chairs furent entaillées et le sang gicla.
Rouge sombre sur le blanc de la tunique du médecin.

Amensès était un soldat d' élite. Engagé très jeune dans l' armée, il s' était montré un élève studieux et discipliné. Pour un homme tel que lui, servir l' Egypte était un sacerdoce. La promesse d' un poste moins exposé, plus influent ou la promesse d' une solde plus élevée ne l' intéressait pas. Tout ce qui comptait, c' était de servir Pharaon et son pays.
Il s' était illustré dans de nombreuses batailles, aux côtés de pharaon, et c' est tout naturellement que le souverain l' avait remarqué. Il l' avait élevé au grade de capitaine et le nouvel officier n' avait pas démérité.
Au fil des ans, Séthy s' était rapproché d' Amensès. Une connivence s' était installée entre les deux hommes et le roi en avait fait son chef de la police thébaine. Dès lors, il ne dépendit plus que du couple royal, garant de l' unité des Deux- Pays.
Justement, le chef de la police rendait un rapport très complet sur les agissements de Chénar. La grande épouse royale écoutait attentivement les paroles d' Amensès, qui pourtant lui brisaient le coeur.
<<- Les généraux Soleb, Horyi et Paÿ ont été reçus par votre fils, dans sa demeure de la rive droite. Il ne sont ressortis qu' un très long moment après. >>
<<- Connais- tu la raison de cette convocation ? >>
<<- Des bruits courent en ville que Chénar complote. Les trois généraux auraient étés entendus en pleine médisance de la politique de Pharaon. Mais je n' ai aucune preuve de tout cela. Par- contre, j' ai réussi à faire parler le cuisinier du vizir et j' ai appris que la réunion était fastueuse. A tous les coups, Chénar a voulu se faire des alliés. >>
<<- Je ne peux rien tenter contre mon fils, sans preuve. L' accusation est trop grave. >>
<<- La rumeur est bien souvent fondée... >>
<<- Mais Mâât ne souffre d' aucune dérogation. Je dois disposer de preuves tangibles pour le faire
arrêter. >>
Touya ne savait que faire. L' aplomb de Séthy lui manquait. Son roi savait toujours prendre la bonne décision, dans le respect de la règle de Mâât.
La lourdeur de la charge fit tourner la tête de la grande épouse royale. Amesès le remarqua et lui proposa à boire. Touya accepta de se désaltérer, puis, retirant sa couronne, elle invita le chef de la police à sortir sur la terrasse.
La chaleur du soleil enveloppa la reine, qui se senti revigorée par les rayons du disque solaire, Ré.
Se tournant vers Amensès, elle l' invita à poursuivre sa mission :
<<- Retournes en ville et enquêtes sur ces trois généraux. Ne délègues rien, fais tout par toi- même, car personne ne doit se douter que l' on enquête sur cette affaire. Si Chénar ou l' un des trois généraux félons se sentent menacés, ils prendront encore plus de précautions et nous perdrions notre faible avantage.>>
<<- Il en sera fait comme dans vos désirs, Majesté. >>
<<- Reviens me faire un rapport tous les deux jours sous un prétexte quelconque, qui semble officiel. Des problèmes avec les hébreux, des bagarres de bars, tu aviseras. Pour l' heure je vais avertir Pharaon de l' avancement des choses. Si Chénar prépare un coup d' Etat, il vaudrait mieux que séthy revienne au plus vite. >>
Amensès s' inclina devant sa reine et sortit de la petite pièce, jouxtant la terrasse. Touya resta dans les rayons bénéfiques du Dieu Soleil, Amon- Ré. Déçue par son fils aîné, elle cherchait la force du Dieu dont le couple royal était le dépositaire terrestre. Elle senti sa force bienveillante l' embraser et elle communia avec des forces inconnues du peuple, à peine perçue par les grands prêtres de Karnak.
Tant que Pharaon était absent, il lui revenait de repousser les forces maléfiques qui tentaient peut- être de s' emparer de l' Egypte.
Remettant sa couronne, elle sortit à son tour et traversa une longue salle à colonnes, pour se rendre au bureau de Pharaon. Elle devait faire venir Djéfour.
Une missive urgente à faire parvenir à son époux.

La femme de Chénar, une intrigante de la cour, se pressait contre son mari. Lourdement fardée, à la limite du vulgaire, elle était coiffée d' une lourde perruque et était lourdement parée de bijoux en or.
Elle se pâmait devant son époux, toute excitée par l' ampleur des relations que prenaient celles de Chénar. L' entrevue, dont elle était au courant, avec les généraux, marquait un tournant décisif sur le chemin qui ferait d' elle une grande épouse royale. Et sans vraiment voler le pouvoir, Chénar était le garant de la continuité du pouvoir, en son sang. Pas son jeune frère Ramsès, qui à son goût, était trop présent aux côtés de Pharaon.
<<- As- tu l' appui de l' armée, mon époux ? >>
<<- Les promesses de richesses ont eu raison de la loyauté, en effet. Mais j' ai dû user de toute ma diplomatie pour les convaincre. >>
<<- Un jeu où tu excelles... >>
Chénar, narcissique à souhait, se complaisait dans les compliments de son épouse. Il savait qu' elle ne s' était mariée que pour le pouvoir qu' il représentait. Il s' en fichait pas mal, il jouissait de jeunes danseuses à loisir. Les rapports entre lui et sa femme étaient complexes, comme peut l' être un mariage construit sur des intrigues de cour.
<<- Horyi fut le plus dur à convaincre, et je ne pouvais dévoiler tout de suite les appuis que j' ai venant de Seth et de ce L' si- Fer. Si tu l' avais vu, pathétique, m' opposer que mon père était seul à pouvoir contrôler la formidable puissance du Dieu du Désert.
Ahh, comme j' ai regretté ne pouvoir figer son expression quand j' ai raconté ma formidable rencontre et le fait que Seth Lui- Même veuille la destruction de Séthy. >>
<<- Nous devrions faire une offrande à Seth, pour le remercier. Et à L' si- Fer également. >>
Se levant brusquement du banc de pierre où ils étaient assis, le vizir appela un serviteur et lui commanda d' apporter au plus vite des cailles rôties, des plats de fèves chaudes et du vin de l' an 1 du règne de Séthy, particulièrement rare et cher.
Ils attendirent que les plats fussent servis dans une salle à colonnade, décorée de scènes du désert. Quand les serviteurs furent sortis et que le couple resta seul dans la pièce, Chénar se dirigea vers le mur du fond, orienté plein désert.
Pressant sur une brique spécifique, il déclencha un mécanisme et le bruit d' un clenche sortant d' un pêne se fit entendre, étouffé. Chénar s' appuya sur le bord droit du mur et c' est tout un pan qui pivota, laissant apparaître un autel d' albâtre finement sculpté.
Des représentations du Dieu Seth, tantôt avec un visage de canidé, tantôt avec celui d' un âne, décoraient le pourtour de l' autel et étaient recouvertes d' or. Leurs yeux étaient fait de rubis rouges comme le sang, couleur du Mal.
Sur le dessus, une large vasque d' or. Chénar et sa femme y déposèrent les offrandes, qu' ils aspergèrent de vin, de myrrhe et d' encens, d' huile parfumée et d' alcool d' Asie. Puis, s' emparant d' une pierre à feu, le briquet des Egyptiens, le vizir mit le feu au contenu de la vasque.
Une flamme immense gronda en montant jusqu' au plafond, elle était sans chaleur et sans fumée.
L' offrande se consumait tandis que le couple prononçait les paroles rituelles, interdites, louant la grandeur de Seth. Une ferveur peu commune animait le vizir. Il avait eu la chance de côtoyer des Dieux, il avait survécu. N' était- il pas plus bon augure de royauté. Séthy se voulait animé par la force de Seth, mais l' avait- il rencontré, à l' instar de Chénar, son fils aîné, futur roi d' Egypte ?

Réhshy ouvrait de grands yeux d' effroi. Un vent fort s' était levé dans la palmeraie et, s' il n' était à genoux, il n' aurait pû tenir en place. Le sable lui rentrait dans les yeux, mail il ne pouvait détacher son regard de Seth et de L' si- Fer.
Il fit ce qui lui sembla le plus logique à cet instant, il pria tous les dieux du Hati.
Le vent était maintenant tempétueux dans la palmeraie. Des abords, tout semblait calme. Illusion ? Pour Réhsy, c' était bien réel. Le sable martelait son visage, rougi par les grains, piquant comme des aiguilles.
Au milieux de ce chaos, L' si- Fer et Seth étaient tranquillement debout, insensibles au bourrasques. C' était comme si les grains de sable les évitaient.
Ceci pouvait déjà donner des sueurs froides à n' importe qui de l' époque, mais en plus ils arboraient fièrement, l' un une tête de chacal, l' autre une tête de bouc. Le plus effrayant, car il y avait encore plus effrayant, c' était les yeux lançant des rayons de lumière rouge sang. Des traits rouges qui pointaient directement Réhsy, l' obligeant à soutenir le regard des deux êtres maléfiques.
Réhsy sût que sa dernière heure était arrivée. Nul ne peut prétendre voir le vrai visage des Dieux, et de rester en vie pour le raconter.
De fait, comme pour Chénar, les deux entités tendirent la main vers la gorge du marchand. La retournant en faisant le poing, ils broyèrent la trachée et les poumons du Hittite.
Réhsy mourut sur le coup.
Maintenant, la tempête passée, Lucifer enrageait. Pharaon était le garant de la stabilité du pays. Vivant, ce pharaon- là Lui poserait des problèmes, il était trop aimé de son peuple et était animé d' une réelle magie. Ses plans passaient par la prise de pouvoir du prêtre de Seth, Chénar. Celui- là, imbu de lui- même et orgueilleux, deux tares qu' il affectionnait, serait facile à manipuler.
Devinant ses pensées, Lucifer- prime rompit les cogitations de son homologue :
<<- Nous n' avons qu' à lui sauter dessus. Il est juste à côté ! >>
<<- Ne t' emballe pas mon frère, L' Empereur est avec lui. C' est un Empereur puissant, qui a autant de pouvoirs que Moi. Même à deux, il sera difficile d' en venir à bout. >>
<<- Et si nous avions l' assistance logistique d' un croiseur ? Laissa planer, mystérieux, Lucifer- prime. >>
<<- Je ne me rappelle pas avoir eu de croiseurs dans les parages, à cette époque. Mais cela nous serait d' un grand secours, en effet. >>
<<- Tu viens du futur et tu ne te rappelles pas celà, ironisa Lucifer- prime, quelle avantage stratégique. >>
<<- Ne sois pas insolent, je te rappelle quand même que mes pouvoirs sont supérieurs aux tiens, mes connaissances plus approfondies. Qu' est- ce que c' est que cette histoire de croiseur ? >>
<<- Mes espions m' ont appris que l' Empereur devait se rendre dans le coin, mais je ne sais pas quand. J' ai décidé il y a deux jours de mettre le vaisseau d' Astaroth en orbite cachée. >>
Deux jours. La date d' arrivée de Lucifer dans cette époque. Le passé avait donc commencé de se modifier juste au moment de son arrivée et, maintenant, les deux Lucifer suivaient un destin différent. Tangant, mais différent. La preuve qu' il n' y avait pas de paradoxe.
<<- Viens mon frère, commença Lucifer, quittons cet endroit et retournons dans les sanctuaires du désert. Il nous faut préparer soigneusement notre prochaine action. Là, nous avons agi à la hâte. Il faut également que tu m' en dises plus sur ce bon veil Astaroth. >>
S' effaçant du visible, les deux frères maudits s' en allèrent rechercher la fraîcheur d' un temple dédié à Seth. Que de souvenirs...

Djéfour s' était rendu auprès de sa reine, avait pris ses instructions, puis s' était rendu directement aux écuries du palais pour y prendre un bon cheval. Les chevaux les plus rapides étaient toujours réservés aux messagers du roi.
Sans passer par chez lui, donc sans prévenir sa femme, il se mit aussitôt en route.
Sa tâche serait longue, mais seul lui ferait le trajet dans sa totalité.
En effet, comme l' inventerait plus tard un certain Bill Cody, l' Egypte possédait nombres de casernes tout au long de son territoire et fournissait des chevaux frais de rechange à ses messager.
Repéré de loin par une vigie, les messagers tels que Djéfour étaient annoncés bien à l' avance au chef de la garnison atteinte. Celui- ci faisait immédiatement préparer un cheval, sellé et brossé, ainsi qu' un petit ravitaillement pour le messager. Pas un repas copieux, mais de quoi se restaurer suffisamment pour mener à bien sa mission, en général des fèves et une galette de pain, arrosée de jus de caroube.
Vêtu d' une tunique blanche ceinte à la taille, sans arme, Djéfour sortit de la capitale au galop. Reconnaissant de loin un messager du palais, les marchands et les badeaux se retiraient prestement devant Djéfour.
Au passage de la porte du Nord, il salua les gardes d' un geste de la main, sans réduire sa vitesse.
Soulevant un nuage de poussière sur la piste, Djéfour s' enfonça dans le désert, raccourci pour atteindre pharaon.

Dès que le sang gicla, Aarun s' enfonça la tige végétale, taillée en biseau à ses extrémités, dans l' artère de l' avant- bras. Reprenant son tricordeur, il focalisa le rayon laser sur la plaie et cautérisa les chairs autour de la tige. Son sang coula à l' autre bout de la tige, jet renforcé par la pression élevée de l' Empereur, un peu stressé quand même.
Maintenant un doigt posé sur l' ouverture de la tige, il empêcha son système sanguin de se vider et de perdre ainsi le précieux liquide.
L' opération avait été douloureuse pour Aarun, qui se maîtrisa impeccablement. Il se fit la réflexion qu' il avait branché son système sanguin sur du vide. Un petit mouvement de panique lui arracha un soupir douloureux. La plaie autour du corps étranger était particulièrement sensible, mais le bricolage était étanche grâce au tricordeur et à son programme de sutures chirurgicales.
Mais il ne fallait pas se laisser aller. Il n' en était que très loin du but et il fallait maintenant penser au jeune prince d' Egypte. Le médecin, le coeur soulevé par ce qu' il venait de voir, resta impassible, mais néanmoins livide, au bord de l' évanouissement. Il se concentra sur sa litanie rituelle, demandant avec encore plus de ferveur, l' appuis des Dieux. Cette focalisation de son esprit lui permit de se sentir un peu mieux.
Après un regard pour le praticien, Aarun chercha l' artère carotide de Ramsès, la seule qu' il connaissait vraiment. D' où le choix peut- être peu judicieux, pour une transfusion. L' avenir le dirait.
Reconnectant son tricordeur sur "opération", l' Empereur entailla les chairs du prince. De la même manière qu' il avait procédé sur lui- même, il enfonça l' autre bout de la tige végétale, directement dans le cou de Ramsès.
Là, il fallait aller vite. Le sang du prince gicla et tous furent copieusement aspergés. Le médecin égyptien se détourna pour rendre son repas du matin, tandis que le tricordeur médical refermait déjà la plaie du cou.
Aarun était maintenant directement branché sur Ramsès, et il se vidait dans le jeune prince. Il comptabilisa une quinzaine de secondes, pui arracha la tige du cou de Ramsès. Le sang regicla et Aarun, fermant aussitôt l' extrémité découverte de la tige d' un doigt, appliqua une seconde fois le tricordeur sur le cou de son patient.
L' appareil détecta les bords de la plaie et commença par refermer l' artère. Puis, remontant dans les chairs, il cotérisa une cicatrice presque invisible, si ce n' était une petite rougeur due au laser.
Aarun se sentait défaillir. Le subit manque de sang l' éprouvait. Tenant toujours fermement le bout de la tige bouché, il voyait la tente de pharaon danser devant ses yeux. Il fit un effort considérable pour se reconcentrer sur ses geste. Respirant profondément, sa vision redevint normale.
D' un geste brusque, qui lui arracha un cri de douleur, il arracha la tige de son avant- bras. Il appliqua aussitôt le tricordeur médical sur la plaie, et, comme pour Ramsès, celui- ci fit son office avec perfection.
Le praticien égyptien se relevait de sa purge forcée. Blanc comme un linge de lin précieux, il tenait avec peine sur ses deux jambes. Il fit pourtant l' effort de nettoyer le jeune prince avec des serviettes stérilisées et s' approcha ensuite de l' Empereur.
Celui- ci, s' évanouissant, lui tomba dans les bras.

