Michaël, l' Horus vivant
Par Giauque Cédric
Fedzek était un démon imposant. De large stature, il arborait deux épaisses cornes qui se recourbaient vers l' avant. Son nez busqué rappelait ostensiblement celui d' une vipère, normal chez un officier d' Astaroth, maître de quarante légions et d' une quirielle de ces petites bêtes rampantes.
D' un sommeil que l' on aurait qualifié du juste, au paradis, Fedzek se reposait en attendant son Roi, Lucifer- prime. Arraché à sa sieste par un sifflement d' air glacé, le démon scruta les ténèbres qui s' étaient emparée du temple dédié à Seth.
Il ne vit absolument rien, mais entendit moultes murmures caverneux sortant des ténèbres pour l' encercler. Fedzek reconnu là les signes d' une apparition imminente de son Maître. L' air se refroidit et Fedzek frissonna malgré son épaisse toison.
Soudain, apparaissant de nulle part, Lucifer- prime se matérialisa devant le démon :
<<- Tiens... Fedzek, cela fait longtemps que je n' ai pas eu de tes nouvelles. Comment va ce bon veil Astaroth ? >>
Fedzek mit un genou à terre et, restant prosterné devant le Prince, avant même de répondre à la question, rendit hommage à la grandeur du Prince- prime. Puis il ajouta :
<<- C' est justement Astaroth qui m' envoie. Notre vaisseau est la cible de manoeuvres d' un puissant engin de l' Empire. Nous n' avons jamais vu un si grand vaisseau et sa technologie nous est bien plus supérieure. >>
<<- Donc si je comprends bien, Astaroth est dans la mouise et il attend que je le sorte de là. >>
<<- C' est exactement celà. Croyez bien, Seigneur, que s' il nous avait été possible de nous en sortir par nos propres moyens, nous aurions mis tout en oeuvre, dans ce seul but. Hélas ce "Synoom" semble doté d' une technologie qui n' existe pas encore. L' Empire semble avoir fait un bond technologique de plusieures années standards, en fait... il semble sortir tout droit du futur...>>
<<- J' ai plus important à faire que de m' occuper d' une banale violation de la paix relative... >>
<<- Je n' en doute pas, Seigneur, assura Fedzek, mais l' on peut légitimement penser que si l' Empire envoye un si gros vaisseau à découvert, et qu' il s' arroge le droit insolent de commettre des actes de guerre en violation de tous les traités, il doit y avoir une raison importante. >>
Fedzek conta alors tous les événement passés aux abords du Synoom. L' apparition, les tirs de torpilles, le rayon tracteur qui immobilisait le croiseur d' Astaroth.
Lucifer- prime resta songeur un instant. tout semblait s' emboîter parfaitement. L' empire envoyait un tout nouveau bâtiment de guerre pour repêcher l' Empereur. Comment l' Empire savait- il qu' un Empereur du futur était là, cela importait peu, en fait.
<<- Tu vas retourner vers Astaroth et lui fournir quelques instructions à exécuter impérativement. >>
<<- N' est- ce pas dangereux que de retourner auprès d' Astaroth ? >>
<<- Ce vaisseau impérial ne tirera pas sur une navette qui revient à quai. ils tireront, par contre, à vue sur tout aviso qui sort. Simple question de stratégie. >>
<<- Il en sera fait comme bon vous semble, Seigneur. >>
Lucifer- prime donna ses instructions au démon. Celui- ci les enregistra sur une disquette, ancêtre des bandes- mémoires. Ceci fait, il se dirigea vers sa navette et actionna tous les interrupteurs pour mettre en marche sa machine.
Dans un tonnerre assourdissant, une tornade se forma sous l' engin, à mesure qu' il s' éloignait du sol. Lucifer- prime le regarda s' en aller jusqu' à ce qu' il ne soit plus qu' un point noir sur l' horizon, puis il se remit en déplacement télékynésique et prit le chemin du retour. Il ne fallait pas éveiller les soupçons de Lucifer.

Réalité, temps de Séthy 1er
Le premier prophète se faisait toujours réveiller longtemps avant l' aube. Tous les jours qu' Amon créait, il refaisait les mêmes gestes depuis l' avènement de Séthy. Grand scribe royal sous Ramsès, le père du pharaon actuel, il avait été nommé à la tête du clergé en raison de sa capacité à se détacher du monde pour se vouer à une seule tâche. Sa droiture et sa rigueur avaient tout naturellement plaidé en sa faveur.
Sitôt levé, il embrassa une statuette d' or du Dieu et récita une prière censée donner de la force à la divinité, pour son combat de la dernière heure contre la nuit. Ceci fait, il avala un peu de lait de chèvre et mangea quelques figues séchées.
Il se dirigea vers un des nombreux lacs de Karnak, et entreprit, comme à son habitude, de se baigner, nu, offrant les reflets de sa peau parcheminée aux derniers moments de la nuit.
Revigorant, ce bain matinal avait le don de décrisper ses articulations grinçantes, car le premier prophète se faisait vieux. Il pouvait encore ordonner les rites du matin, glorifiant la renaissance de Râ, mais pour combien de temps encore ?
Tout en se baignant, il pensa aux complots qui, il en était conscient, s' ourdissaient dans les coins sombres de la ville- temple. Il savait que le deuxième prophète complotait avec le vizir, un homme fourbe et corrompu. Et il savait que les plans du deuxième prophètes tendaient à l' évincer de la tête de Karnak. Il lui suffisait de démontrer à Pharaon qu' il était incapable de soutenir la charge du clergé d' Amon- Râ.
Tout en se séchant avec une serviette de lin blanc, le premier prophète sourit. Il était encore loin de ne plus pouvoir assurer ses fonctions auprès de l' Egypte. Tant qu' il n' aurait rien à se reprocher, il ne risquait rien. Pourtant, il savait qu' au moindre signe de faiblesse, son second en ferait son affaire.
Enfilant sa robe rituelle en peau de léopard, il se rendit de ce pas vers la première des portes donnant accès au naos d' Amon. En arrivant devant, il fût surprit de constater qu' elle était entrouverte. Il poussa les battants de bois précieux, et se fendit de la courte distance menant à la deuxième porte.
Stupeur ! Alors qu' il avait lui- même refermé toutes les portes des différents temples, toutes étaient entrebâillées. Un individu s' était introduit dans le temple.
Très bien gardé de l' extérieur, le temple de Karnak n' était pas gardé de l' intérieur. La garnison n' avait pas accès au domaine du spirituel. Un solide cordon de gardes expérimentés encerclait le temple. Il était donc impensable qu' un individu, un pillard s' introduise dans le domaine d' Amon.
Et pourtant, il semblait que c' était chose faite.
Seul dans les allées, il était encore très tôt, le premier prophète songea avec effroi, à tout ce qu' une personne malveillante pourrait commettre en ce lieu saint. Il n' eut alors plus qu' une seule idée : vérifier si la statue du Dieu Amon était toujours à sa place. Sans la statue, impossible d' inviter le Dieu sur Terre, car Amon s' en servait pour renaître sur la Terre d' Egypte et la protéger.
Le premier prophète couru à en perdre haleine, et fit irruption dans le saint des saints. D' abord il ne vit absolument rien du tout. Puis ses yeux s' habituèrent à la noirceur du naos.
Ce qu' il vit le glaça de terreur pure. Ce qu' il voyait de ses propres yeux, son coeur ne pouvait le croire. Car si ce qu' il voyait était la vérité, les Dieux avaient abandonné le pays à Seth, le chaos régnait.
Le premier prophète passa par tous les états d' âme. Il se retint à l' autel et ses mains rencontrèrent un liquide poisseux et sombre. Il porta sa main à son nez et huma cette substance visqueuse.
Le premier prophète connaissait bien cette odeur pour l' avoir sentie lors de nombreux sacrifices de moutons ou de chèvres. C' était l' odeur du sang, une odeur métallique et amère.
Il prit alors pleinement conscience du tableau qu' il avait sous les yeux et sût ce qu' il fallait faire : demander la protection du couple royal, les seuls êtres capables de sauver l' Egypte.
Empruntant les allées menant à la sortie, il commença à mettre de l' ordre dans ses idées. A la sortie du temple, il s' adressa au capitaine de garnison, chargé de veiller sur le temple. Il se fit remettre un attelage rapide pour se rendre au palais de Pharaon.
Tandis qu' il s' éloignait, pour la première fois depuis le roi Scorpion, l' armée entra dans le temple et des soldats en gardèrent toutes les portes.
Car le danger ne venait plus de l' extérieur.

Réalité- prime, 700 ans standards plus tard.
Joyce n' en revenait pas. Comment le signal de son père pouvait- il se trouver, trois ans après sa mort, en Enfer ?
Comme si un malheur n' arrivait jamais seul, les espions de l' Empire signalaient une vaste offensive dans les environs présumés de la source de ce signal. Il semblait aussi que deux soldats de l'Empire aient débarqués sur Terre, dans le but apparent de retrouver la- dite source. Que faire ?
Son père lui manquait. Lui qui avait une clairvoyance des situations complexes, n' aurait pas manqué de savoir quoi faire. Mais son père était justement la source du problème. Ou quelque chose que son père avait placé en Enfer, sur la Terre. Jamais elle n' eût été au courant d' une incursion de son père et de sa garde sur la terre maudite. Mais visiblement il y avait bien quelque chose. Quelque chose d' assez important pour que deux de ses soldats se précipitent là- bas, en plein milieux d' une centaines de Légions.
Biniin, chef de l' état major de Cresta, cassa ce moment de grande solitude :
<<- Quoi que ce soit, Majesté, il est inutile de songer à aller le chercher. >>
<<- Et pourquoi ça, général ? >>
<<- Mais... enfin ! Sur Terre ! ... >>
<<- Justement, quelle meilleure cachette pour y enfouir un grand secret. Directement sous les naseaux de ces Démons. Ce serait là l' oeuvre d' un grand stratège. D' autant que ce peut être n' importe quoi, sauf mon père, bien sûr. >>
<<- Mais comment envisager de s' y rendre ? Il nous faudrait l' appui de toute notre flotte. Et sans le Synoom, nos chances seraient minces... >>
L' Impératrice resta muette. Elle se rendait bien compte de la dangerosité de telles manoeuvres aux abords de la Terre. Mais si deux soldats, seuls face à une centaine de Légion, y étaient allé, c' est qu' ils pensaient en revenir. Le suicide n' était pas inscrit dans le manuel militaire de l' Empire.
Que pouvait- il bien y avoir là- bas qui donne une chance à ces deux soldats ? Une nouvelle arme ? Et comment être sûre que ce qui est là- bas justifie le sacrifice inévitable de soldats.
<<- De combien de bâtiments de guerre pouvez- vous disposer d' ici, disons... demain ? En espérant que ces deux soldats tiendront jusque là. >>
<<- J' en ai six à quai, prêts à appareiller dans l' heure, pour les autres... >>
Biniin tapota le clavier tactile de l' interface holographique. La carte de la Galaxie comprenant la Terre s' effaça pour laisser la place à une représentation d' un quadrant de l' univers. Biniin affina l' image et déplaça le système solaire de la Terre pour qu' il se retrouve au centre du quadrant. Dans un périmètre délimité par ses soins, apparurent alors différents vaisseaux. Une armada de vaisseaux cargo. Biniin, dépité, compta les bâtiments de guerres :
<<- J' en ai trois dans un périmètre suffisant pour qu' ils rallient la Terre en renfort simultanés. Neufs vaisseaux pour envahir la Terre... C' est peu. Même en comptant sur l' infanterie, soutenue par des tirs de phasers et des torpilles à photons. Les forces infernales ne manqueront pas d' envoyer des centaines de Légions en renfort, dès qu' ils nous auront repérés dans le sub- espace. Nous ne disposerons tout au plus que de 18 divisions d' infanterie, soit environ 9' 000 hommes. Face à des dizaines de milliers de Démons... Sans compter les reptiles, les insectes, etc... >>
Joyce, déchirée par la décision à prendre, resta songeuse un moment. Sur son visage se lisait un poids trop lourd pour une personne seule. Même pour le bras armé de Dieu. Elle essaya de Le contacter, tournant toutes ses pensées vers cet être suprême qui lui dictait toujours ce qu' elle devait faire. Pas toujours dans les détails, avec Lui, il fallait toujours interpréter un peu.
Mais pour elle c' était facile, elle avait été élevée dans ce but.
Pourtant, Dieu restait désespérément silencieux. Elle ne captait même plus cette présence qu' elle seule, humaine, pouvait approcher. Elle se concentra encore un peu plus, son visage marquant maintenant la douleur que lui arrachait l' exercice. Rien, Un grand vide.
Pour la première fois, Dieu ne l' aiderait pas. Comme si cela faisait partie d' un plan qu' elle ne connaissait pas. Comme s' il... s' en fichait. Impossible. C' était là une épreuve.
Il fallait toujours interpréter un peu avec Lui.
<<- Contactez vos vaisseaux. Nous partons de suite pour la Terre. >>
<<- Majesté, je ne puis que vous recommander de ne pas venir avec nous. Votre vie... >>
<<- Ma décision est prise, général ! Coupa Joyce. Je ne vais pas envoyer 9' 000 hommes dans un combat suicidaire en restant dans mon beau palais. Et assez bavardé, contactez les six vaisseaux et allez vous préparer, il faut que nous partions le plus vite possible ! >>
Biniin, la mine plus sombre que jamais, entreprit de contacter par messages subspatiaux, les commandants des navires destinés aux renforts. Quand il eût terminé, il s' empressa de lancer un message à son épouse en lui expliquant brièvement son départ subit et en l' assurant de son amour.
Peut- être pour la dernière fois. Mais Biniin avait de l' expérience :
<<- Sûrement, pour la dernière fois... >>
Et il s' éloigna dans un soupir.

L' enseigne Stuudman et le caporal- artilleur Boojyi progressaient dans un long couloir en pente descendante, taillé dans la roche brute. Leurs lampes torches dévoilaient ça et là, des dessins peints sur les murs. Mais la presque totalité des murs était parcourue par ce qui semblait être une forme primitive d' écriture, constituée de centaines de petits symboles. L' austérité et la fraîcheur du tunnel donnaient la chair de poules, ces lignes d' écriture mystérieuse donnant l' impression d' une malédiction à l' encontre de quiconque violait ce lieu.
Enfin, les deux soldats de l' Empire débouchèrent dans une vaste salle à colonnes. Toute la surface des murs et des colonnes était recouverte des mêmes symboles que sur les parois du tunnel. On y voyait ce qui semblait être un roi, avec un ventre proéminent et un crâne allongé. Il était représenté plusieures fois, seul ou en présence d' autres personnages représentés avec des têtes d' animaux inconnus des deux militaires.
Boojyi et Stuudman balayèrent ce spectacle pictural de leurs lampes torches et étudièrent sommairement les diverses représentations, laissant de côté les milliers de lignes d' écriture incompréhensibles. Ils firent le tour de chaque colonne, afin de trouver une clé du mystère de ce lieu. Mais rien ne semblait transparaître de cette alphabet oublié.
<<- Je n' y comprend rien, mais une chose est sûre, ce lieu à été bâti par des humains, pas par des démons, il y a des siècles. >> Lança Boojyi.
<<- Ca n' en demeure pas moins incompréhensible. Comment cet endroit est resté inviolé, en Enfer. Sans oublier le champ de force. Il y a des siècles, ça n' existait pas. >>
<<- Peut- être qu' il a été mis en service plus tard. >>
<<- Ben voyons ! Et de temps en temps, une navette de l' Empire vient faire des relevés... évidemment ! >> Railla Stuudman.
Tout en continuant leur progression dans la salle, les deux soldat de l' Empire ne se quittaient pas des yeux. Comme le voulait la procédure.
Ils arrivèrent enfin à l' autre bout de la salle hypostyle et se rejoignirent devant un puit, qui semblait assez profond.
<<- A vue de nez, je dirais dix mètres. Le fond semble être fait d' une couche de sable. >> examina Boojyi.
<<- Ca reste haut quand même... >>
<<- De toutes façons, derrière on a des Légions entières de Démons et devant on a un petit saut d' une dizaine de mètres. Moi, je choisi le saut. >>
<<- T' as raison, Caporal ! On a pas vraiment le choix. >> Dit Stuudman en s' élançant dans le trou.
Il se suspendit au bord, pour gagner les presque deux mètres de sa solide stature et, après un clin d' oeil à son supérieur, lâcha prise.
Il se reçut lourdement sur le sol, s' accroupissant pour ammortir le choc. Heureusement, il ne se fit pas de mal, ses chevilles tinrent bon.
Boojyi lui envoya le disrupteur et les fuseurs, puis, se laissa tomber lui aussi.
<<- Bon, ben... je crois que c' est par là ! >> Dit- il en désignant un nouveau boyau, vierge de toutes inscriptions.
Ce nouveau chemin redescendait en pente, abrupte cette fois- ci, vers les entrailles de la Terre. Le sol était dallé de pierre, et était rendu glissant par la fine couche de sable qui le recouvrait.
Ce qui devait arriver, arriva. Stuudman glissa, et emporta avec lui le caporal- artilleur Boojyi. Les deux hommes de l' Empire se payèrent une fabuleuse glissade et prirent rapidement de la vitesse. Le sable filait sous eux comme des milliers de roulements à billes, facilitant ainsi leur glissade.
Empêtrés, les deux soldats terminèrent leur course dans un petit remblais de sable qui s' était accumulé au fil des ans, en bas de la pente. Le choc fût un peu brutal de par l' inertie des deux hommes et de leur lourd équipement.
Stuudman vérifia aussitôt le disrupteur et son fuseur. Boojyi fit de même avec son fuseur et tous deux constatèrent que tout allait bien. Reprenant leurs lampes- torches, les deux soldats étudièrent leur nouvel environnement.
Ils étaient dans une petite salle carrée, d' environ dix mètres sur dix. Au milieu trônait ce qui semblait être un sarcophage, en granit massif. Décoré de cette écriture gravée à même la roche granitique. Un granit noir comme la nuit.
Les murs étaient gravés eux- aussi, mais les gravures étaient peintes d' une multitude de couleurs chatoyantes, comme les murs du tunnel et de la salle hypostyle. Le plafond était peint en un bleu profond et recouvert d' étoiles à cinq branches. Des centaines d' étoiles jaunes et blanches alignées dans un ordre parfait, digne d' un peloton d' élite des forces spéciales de l' Empire. Une représentation simpliste du ciel, chose qui accentuait encore le côté primitif des lieux. Pourtant, il avait fallut une grande connaissance des lois mathématiques et géométriques pour édifier un tel ensemble.
Au fond de la salle, derrière le sarcophage, les deux soldats trouvèrent une autre salle, remplie d' un bric- à- brac étourdissant. Des lits sculptés, des statues, des jarres, des armes telles que : javelots, sabres, arcs et flèches. Des piles de linges blancs, du mobilier divers et même un char doré. Les murs n' étaient, cette fois- ci, pas décorés. Pourtant les lignes de la pièces étaient très précis et taillés avec un grand soin, une très grande maîtrise.
La visite s' arrêtait là. Pas d' autres issues.
Ils étaient coincés à environ 70 mètres sous terre. Il y avait déjà une bonne heure qu' ils étaient entrés dans ce complexe funéraire, ils l' avaient bien compris.
A ce moment, une sourde explosion se fit entendre au loin, répercutée par les murs des couloirs.
Les démons tentaient de percer l' entrée du tunnel.

Asmodée régulait sa colère. Les nouvelles n' étaient pas bonnes. Les deux humains de ce fichu Empire avaient disparus. Les Légions avaient arrosé d' un feu nourri, la faille. Mais il n' y avait aucune trace des cadavres, au fond du trou brûlé.
Nedwak sentait ses cornes s' envoler, tributaires de l' humeur du nouveau Prince. Un message s' afficha sur l' un de ses écrans, plutôt une bonne nouvelle :
<<- il y a une sorte de porte, au fond de cette faille. Il est logique de penser que les deux ennemis y sont passés. >>
<<- Et bien, qu' ils y entrent aussi ! >> Dit Asmodée dans un rugissement caverneux.
L' humain transmit l' ordre à la Légion concernée. Il suivit l' opération sur l' un de ses écrans satellites, le service des transmissions disposant de caméras portables, pour rendre compte des détails des missions en temps réel.
Des artificiers s' avancèrent dans le trou dégagé par Boojyi et Stuudman et manquèrent s' étaler sur le sol de sable vitrifié par la fureur des tirs des démons. ils placèrent des charges d' explosif à effet de masse, un peu partout sur la paroi. Aux détonateurs furent fixés de petites télécommandes, et tout le monde s' éloigna d' une bonne cinquantaine de mètres.
L' explosion fût violente. Le souffle souleva une mini- tornade qui emporta des tonnes de sable qu' elle réparti allègrement, sur les démons. Ceux - ci s' ébrouèrent pour se dégager et des regards mauvais entourèrent les artificiers.
Un officier s' avança le premier pour constater les dégâts. La manoeuvre était réussie. La porte avait étée volatilisée par la détonation et un petit couloir apparaissait maintenant.
Jubilant à la pensée de sa future promotion, l' officier s' avança dans le trou et se tourna vers l' entrée du repaire des deux hommes de l' Empire.
<<- Ils sont fait comme des schnolls ! >> Dit- il dans un large sourire, en pensant aux gros rats de la Terre.
L' officier, fier de l' opportunité de sa présence sur les lieux, s' avança vers le couloir. La capture des deux ennemis lui apporterait la gloire et la bienveillance d' Asmodée. Ces deux humains n'en mèneraient pas large face à lui, mastodonte de trois mètres et de près de 180 kilos. Des muscles saillants sous une peau de cuir tannée par les pluies acides. De larges cornes épaisses et pointues se recourbant vers l' avant, prêtes à embrocher l' ennemi. Voilà ce qu' il leur faudrait affronter.
Sûr de lui, le Démon s' avança plus avant et s' apprêta à franchir l' entrée du boyau. Un éclair jaillit de nulle part et un écran de force se voîla au moment où l' officier le franchissait. L' énergie du champ de force consuma instantanément les atomes du brillant Légionnaire, mettant ainsi fin à ses rêves de gloire.
Le service des transmissions filma la scène et Asmodée pût la visionner en temps réel. Celui- ci fit grise mine, Nedwak se replia un peu plus sur lui- même. Mais pas d' impatience, il était temps de réfléchir. Asmodée donna l' ordre d' affaiblir le champ de force et de l' appeler quand celui- ci serait détruit.
Il se retira dans ses appartement pour jouir d' une bonne nouvelle : le flux de transfert des pouvoirs venait de reprendre.
Cela voulait dire deux chose : La première était que Lucifer était bien mort et qu' il était le seul Maître à bord.
La deuxième était qu' Il serait bientôt l' égal de Dieu. Plus besoin alors d' une flotte magistrale pour envahir l' Empire. La roue allait tourner et Dieu devrait Lui laisser la conduite des choses de l' univers. Dieu subirait la chute, quelle belle perspective que celle- là !
Pensif, Il goûta aux délices des pouvoirs de Lucifer. Une force brutale, brûlante et illimitée qu' Il découvrait avec bonheur. Plus rien ne pourrait se mettre devant Lui, après le transfert de pouvoir. Fini le temps où Il travaillait pour tout le monde. Ce serait désormais tout le monde qui travaillerait pour Lui. Et l' Impératrice, Il avait une très bonne idée de ce qu' Il en ferait.
Il s' endormit en pensant à cette jeune femme à qui Il ferait milles outrages. Il la tuerait milles fois et la ressusciterait milles fois aussi. il en ferait son jouet.
Quand à Dieu, Il le bannirait de son Empire et l' exilerait en Enfer. Il le déposséderait de ses pouvoirs et le restituerait à la fureur des Démons.
Une vie à servir, voilà ce qui l' attendrait.

Réalité. Temps de Séthy 1er.
Ramsès ouvrit gentiment les yeux. La lumière du soleil, pourtant tamisée par l' étoffe épaisse de la tente, lui fit mal aux yeux. La douleur enfla rapidement et se propagea dans sa tête. Une douleur telle, qu' elle arracha au jeune prince courageux, un râle de souffrance.
Le médecin du roi, se précipita auprès de son patient et l' aida à s' assEoir doucement. Il prit sur sa table de soin un onguent de sa préparation, et l' étala sous les narines du convalescent. Ramsès respira et fut prit d' une quinte de toux.
Le praticien prit alors la tête de Ramsès dans ses mains et se mit à réciter des formules magiques, invoquant les Dieux protecteurs de l' Egypte.
Les formules étaient traduites par le traducteur universel, mais restaient néanmoins incompréhensibles. Soudain, Aarun vit le jeune Ramsès se raidir. Il commençait à étouffer et cherchait visiblement le moyen de se dégager la trachée.
Aarun se précipita à son chevet, mais le médecin du Roi le repoussa du regard. Un regard envoûtant et très profond. Abyssal même. L' Empereur fût littéralement happé par ce regard, et resta comme suspendu dans son geste.
Comme dans un rêve, Aarun vit une quantité impressionnante d' énergie, comme sortir du médecin, pour s' engouffrer dans Ramsès. Les pouvoirs d' Aarun lui permettait de voir un spectacle qu' il n' avait jamais vu. Ce n' était pas les aura qu' il voyait là, mais une sorte d' énergie qu' il n' avait jamais vu. Il s' en échappait un tel Bien, qu' Aarun était suspendu à ce flux. Il reconnaissait là une manifestation de ce qu' il y avait de meilleur en toutes chose. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le médecin maîtrisait une partie de l' essence même du Bien : l' essence même de Dieu. Une énergie qu' un seul être dans l' univers maîtrisait dans l' univers connu : lui- même. Plus, bien sûr, l' Empereur de l' époque.
D' un coup, le charme se rompit. Il sembla qu' une espèce de nuée noir transparente, comme de la fumée de cigarette, en plus sombre, sortait de la bouche du prince. Celui- ci aspira une goulée d' air salvatrice. Il expira avec force et, de nouveau, il sembla à Aarun qu' un peu de cette nuée achevait de sortir du corps du prince.
Le médecin s' affala sur un chevalet, épuisé. Ramsès, quand à lui, souriait de toutes ses dent.
Séthy entra à ce moment dans la tente :
<<- J' ai fait préparer le bateau pour notre départ. Comment va mon fils ? >>
<<- Je vais bien, père. Répondit Ramsès . Grâce à Amon et à mes amis.>>
Séthy se tourna vers le médecin et le félicita pour son office :
<<- Encore une fois, ta science à fait des miracles. Et ta magie est toujours aussi bienveillante. Merci mon ami. >>
<<- C' est trop d' honneur, Majesté. Répondit le praticien, sincèrement ému par le compliment. Isis m' a beaucoup aidé. >>
Le Pharaon se tourna alors vers Aarun, l' air très sérieux :
<<- Je te serais éternellement reconnaissant pour ton geste. Même s' il prédestine l' Egypte à une autre destinée que le voudrait les liens de mon sang. Mais je saurais assumer cette destinée nouvelle si c' est le prix de la vie de mon fils. Maintenant, il est temps de regagner le chemin du but de notre voyage.>>
Séthy embrassa son fils et sorti donner les ordres du départ. Aarun le regarda sortir et se retourna vers Ramsès. Le prince d' Egypte semblait complètement rétabli. il sorti néanmoins son tricordeur médical, et passa celui- ci le long du corps princier. Tout semblait effectivement normal, chez le jeune Ramsès.
Il l' entoura de ses bras et lui dit :
<<- Viens, jeune prince, je crois que l' on a rendez- vous avec de grande choses. >>
Ensembles, ils soutinrent le médecin, qui reprenait couleur humaine, et l' aidèrent à monter sur le pont du bateau.
Les gardes de pharaon s' empressèrent alors de démonter le reste du campement, soit la tente personnelle du roi. Ils s' y mirent à huit et, en quelques secondes la toile fût descendue. Deux l' enroulèrent avec les piquets de bois, le restant s' emparèrent du restant de mobilier. Tout cela fût rondement mené, et le bateau, réparé pendant tout ce temps, appareilla en quelques minutes.
Aarun félicita Séthy pour la discipline parfaite de ses soldats et pharaon s' inclina légèrement vers l' avant, en assentiment. Il prenait le compliment pour un honneur.
Aarun se tourna vers la proue du navire, et explora le Dieu- fleuve du regard, comme s' il voulait scruter l' avenir.
Qui se jouerait certainement loin, ...dans le passé.

Saaba, l' attaché scientifique endorien, scannait toujours la planète, à la recherche du signal biologique de l' Empereur. Autant chercher un aiguille dans une botte de foin. Aarun devait avoir éteint ses appareils pour les économiser, du moins espèrait- il, car dans le cas contraire, cela voudrait dire que l' Empereur était décédé.
Saaba chassa cette pensée négative de son esprit et se reconcentra sur sa tâche.
Ooshi passait d' une console à l' autre, ventilant l' air pourtant climatisé de la passerelle du Synoom. Inquiet pour Aarun, il voulait être sûr de ne rien manquer dans les recherches de son équipe. Saan, se maîtrisant un peu plus de par sa grande expérience, restait assis dans son fauteuil, fixant le vaisseau d' Astaroth sur l' écran principal.
Soudain, un point brillant apparu sur une console scientifique. Saaba sursauta un petit peu et écarquilla les yeux de surprise :
<<- Enfin, le signal d' Aarun... >>
Tous se retournèrent vers le géant de 2,25 mètres. Enfin un peu d' espoir ! Ooshi bondit aux côtés de l' Endorien :
<<- Est- ce que tu peux le localiser avec précision ? >>
<<- Oui, bien sûr. Il me suffit d' affiner les paramètres et de les comparer avec une de nos cartes. Celà ne devrait prendre qu'... >>
Saaba se tût brusquement. Sur la passerelle, tous purent le voir devenir blanc. Ce fait ajouta encore à la tension latente des lieux.
Ooshi coupa ce moment de silence, qui ne laissait rien présager de bon :
<<- Alors ? Cette position ? >>
<<- Je viens de reperdre le signal d' Aarun. Il doit avoir allumé son tricordeur médical, et l' avoir éteint aussitôt. >>
<<- Au moins, avança Topd qui avait laissé tomber ses explosifs, on sait qu' il est vivant ! C' est déjà ça, on est à la bonne époque. >>
Saan se leva de son fauteuil et se dirigea vers la console scientifique :
<<- Si l' Empereur à allumé son tricordeur assez longtemps, les cerveaux positroniques pourront calculer sa position approximative. Cela resserrera le périmètre de nos recherches. >>
Saaba pianota sur son écran tactile, tout une série d' ordres et de données. L' écran afficha alors une carte de l' Egypte du 21ème siècle. L' ordinateur positronique se mit à calculer la position présumée de l' empereur, chose rendue plus difficile, donc plus longue, par l' absence de satellites pour la triangulation.
<<- Voilà, dit l' Endorien, il n' y a plus qu' à attendre. >>
<<- Et pour patienter, intervint Pool à la console tactique, notre bon veil ami Astaroth se rappelle à nous. L' aviso revient et son croiseur est prêt à faire feu sur nous. >>
Saan s' avança vers le natif de Cryos, être à la peau bleutée et à la chevelure de jais, apparence qui lui valait d' être surnommé Spock par l' Empereur. Le Commendeur se pencha sur la console de Pool et constata qu' effectivement, en dépit du bon sens, Astaroth était sur le point de faire feu, ses radars tactiques étaient déjà verrouillés sur leur cible.
<<- Dina, mettez- moi en contact avec ce Démon ! >>
<<- Tout de suite, Commendeur. >>
Dina s' activa sur la console transmissions et tenta d' établir le contact avec le vaisseau ennemi, toujours sous contrôle du Synoom. Elle n' y arriva pas, malgré sa grande maîtrise du sujet. A contre- coeur elle dût s' avouer vaincue :
<<- Astaroth nous ignore royalement, apparemment, il ne veut pas avoir affaire à nous. >>
<<- Il est complètement fou, fit remarquer Ooshi, il doit bien savoir que nous pouvons les détruire n' importe quand. >>
<<- Sauf s' il sait que nous ne ferons rien contre eux, pour éviter les paradoxes. >> Avança Saan, puis se tournant vers Dina :
<<- Est- ce que l' aviso a pût entrer en communication avec le croiseur ? >>
<<- C' est possible, je ne brouille que les communications sortante du croiseur. >>
<<- Donc, il est possible que le pilote du croiseur ait pu donner une information à Astaroth. Une info qui le rendrait sûr de lui, au point de nous attaquer alors même qu' il est sous notre emprise. >>
<<- Et d' où la tiendrait- il cette information géniale ? >> S' enquit le commandant de la garde.
<<- De Lucifer. Et si on y réfléchit bien, ce n' est pas si bête que ça, renchérit Saan, seul Lucifer sait que nous ne pouvons rien tenter contre le croiseur d' Astaroth, pour éviter les paradoxes. Il sait que nous sommes coincés, et il veut nous affaiblir. >>
<<- Ou détourner notre attention..., continua Ooshi. Tant que nous nous occupons du croiseur, nous ne sauvons pas l' Empereur et ne sommes pas dans les sabots de notre veil ennemi. >>
Une porte de hangar s' ouvrit dans les flancs du croiseur ennemi. L' aviso s' y engouffra, et la porte se referma. Saan et Ooshi réfléchissaient à la marche à tenir, face à l' hostilité d' Astaroth. Le premier, Ooshi imposa une priorité :
<<- Il faut nous axer sur Aarun ! Saaba, as- tu défini ce fichu périmètre ? >>
<<- Ca vient de sortir, je passe la carte sur écran principal. >>
La carte s' afficha sur l' écran principal de la passerelle et un périmètre clignota en surbrillance.
<<- Aarun est là- dedans ! >> Certifia Saaba.
<<- Alors on lance une navette d' extraction et on va le rechercher tout de suite. On a bien besoin de lui, ici, avec cette histoire qui dégénère. >> Tonna Saan.
Des ordres furent aussitôt lancés et une équipe d' extraction fût envoyée sur les quais d' embarquement. Ooshi, Mackoll et Topd y prirent part également.
L' Empereur n' était peut- être plus si loin que cela.

