Michaël, l' Horus vivant
Par Giauque Cédric
La nuit étandait son noir manteau sur l' oasis. La fraîcheur poussait les habitants à monter leurs lits sur les toits plats, et ainsi échapper pour quelques heures de sommeil, à la fournaise emprisonnée dans les bâtisses de torchis et de plâtre.
Bien que située au milieu du désert, la nuit dans l' oasis de Kargeh n' était pourtant jamais tout à fait silencieuse. Les cobras et scorpions qui infestaient la région, sortaient de leur cachette pour chasser et s' accoupler, sous les rayons froids de la lune. De plus, une multitude d' insectes oeuvraient pour le bien de leur communauté, faisant crisser le sable sous leurs milliards de pattes chitineuses. Tous ces petits bruits, portés et amplifiés par le silence du désert, composaient une douce musique qui berçait les nuits des oasiens depuis que les Dieux avaient créé l' Egypte.
La paix, instaurée par Séthi, était durable et, depuis la prise de la forteresse de Kadesh, aucune guerre n' était venue troubler la vie du peuple de Haute et Basse Egypte. L' armée de pharaon, cantonnée à Thèbes, à environ 250 kilomètres de là, offrait donc aux habitants de Kargeh, le sommeil du juste. Et pourtant...
Dans le noir total d' une arrière boutique, caché par les ténèbres, un marchand hittite récitait inlassablement la même formule de magie noire. Bien que celui qui usait de magie encourre la peine de mort, le marchand voulait réussir par la magie là où Hattousil, son roi, avait échoué par les armes : renverser Séthi.
En transe profonde, il fût transpercé par une douleur terrible quand apparu devant lui un être particulièrement beau mais dont les yeux lançaient des éclats rouges, couleur du mal, donnant une ambiance de sang à son arrière boutique.
Réhsy, le marchand fût tiré de sa transe d' un coup et il s' agenouilla devant l' apparition.
Le dieu à tête de chacal, frère d' Osiris, était maître du désert et du mal. Le marchand l' avait invoqué pour recevoir les pouvoirs magiques, aptes à lui permmettre de faire vaciller le trône du souverain égyptien. Il ne comprenait pas ce que cet être faisait là.
Même si le personnage semblait d' apparence humaine et que Réhsy ne sentait aucun changement magique de sa nature mortelle, les yeux de son vis- à- vis ne lui donnaient aucune envie de lui demander une explication, il attendait donc, prosterné et terrifié, que l' apparition lui parle.
Pourtant, celle- ci ne semblait pas bavarde. Elle dardait son regard à droite et à gauche, comme étudiant son nouvel environnement.
Ne soulevant qu' un oeil, timidement, Réhsy se força malgré la panique qui s' emparait de son esprit, à étudier l' intrus.
Il était vraiment très beau. Sa peau pâle et sa stature imposante en faisait déjà un être à part, dans ce désert, et le marchand en percevait maintenant l' aura maléfique qui en rayonnait.
Réshy en était là dans ses cogitations, quand il sentit le sol trembler. Un roulement fort et caverneux secoua toute sa maison et il crût que sa dernière heure avait sonnée. Puis, aussi soudainement qu' il avait commencé, le séisme cessa. Courageusement, Réshy haussa le regard dans l' espoir de trouver une issue et s' échapper, mais le colosse était toujours devant lui. Il sembla au Hittite qu' il attendait quelque chose. Ne sachant que faire, il osa une question :
<< Pardonnes mon impudence, Ô messager de Seth. M' apportes- tu mes pouvoirs ? >>
Et le sol se remit à trembler, replongeant Réshy dans un abîme de terreur.

La douleur martelait le crâne de l' Empereur qui reprenait conscience petit à petit. Au fur et à mesure que ses forces lui revenait, Aarun, sentait aussi ses pouvoirs couler dans tout son être.
Il se rappelait que le voyage avait été douloureux, car la force qui le convoyait vers son destin, semblait être constituée de l' essence même du Mal. Aussi avait il dû lutter contre ce Mal, plutôt que de se laisser porter simplement, par elle.
Reprenant tous ses esprits, il garda ses yeux fermés, et étudia ce que son environnement direct lui apprenait.
Aarun était couché, sur un sol sablonneux et chaud. Apparemment, aucun bruit ne lui donnait d' indice sonore quand à l' emplacement où il se trouvait. Il se fit, d' ailleur, la réflexion que le silence était même pesant et lourd. L' air était épais et sec.
Ouvrant les yeux, Aarun constata que la nuit était tombée. Aucune étoile ne brillait dans le ciel, ce qui était pour le moins étrange car la nature du sol lui donnait à penser qu' il se trouvait sur une planète, à l'extérieur et non enfermé.
Poussant sa conscience autour de lui, il ne sentit aucune présence et se hasarda à faire briller son aura, tout en se relevant, pour y voir un peu. Sa personne s' enveloppa d' une douce luminosité qui perça les ténèbres, dévoilant les secrets de l' obscurité.
Il sentit le sol se dérober sous ses pieds quand il découvrit, debout devant lui, le dieu égytien Anubis, le Dieu des morts, lui faisant face. Imposant et le dépassant de deux bonnes têtes, Anubis le foudroyait d' un regard méchant et provocateur, porteur d' un message de mort.
Revenu de sa surprise, l' Empereur constata qu' il s' agissait, en fait, d' une statue remarquablement réaliste. Elle était d' une facture incomparable et les couleurs qui la recouvraient semblaient lui donner l' étincelle de vie qui semblait lui manquer pour s' animer. S' étant interressé à l' égyptologie pendant ses vingt premières années, passées sur Terre, Aarun découvrit alors son environnement immédiat.
Il était dans un long couloir incliné, totalement plongé dans la nuit et dont les murs étaient recouverts de peintures et d' hiéroglyphes. Perplexe, Aarun put déchiffrer ça et là quelques passages du livre des morts ou de louanges au pharaon. Les desseins représentaient diverses étapes du passage dans l' Au- Delà et des scènes de batailles dont l' Egypte était sortie grandie et plus forte.
Dérouté, Aarun se fit la réflexion qu' il se trouvait dans une tombe de la vallée des Rois, après la mort de Ramsès 1, pour autant que ce soit bien le nom inscrit dans les cartouches royaux.
Cela impliquait donc qu' il se retrouvait sur Terre. La question étant de savoir quand, l' origine du voyage effectué plus tôt étant une boucle temporelle.
Le point du temps visé par Lucifer se situant avant la Chute en Enfer, il semblait que quelque chose n' ait pas fonctionné correctement. Etait- ce son intrusion dans la boucle- piège ou un facteur quelconque était- il venu jouer le grain de sable dans les plans du Prince ?
Quoi qu' il en soit, il semblait que les plans de Lucifer avaient été déjoués. A moins, bien sûr, que Lucifer n' ait atteint son but et que seul Aarun se soit perdu dans les méandres du continuum espace- temps.
Tout à ses pensées, l' Empereur remontait maintenant un couloir rectiligne et en pente douce, son aura projetant devant lui une douce luminosité.
Quand, enfin, il arriva devant ce qui semblait être une porte, il commença à mesurer vraiment ce que sa position impliquait: Il était bel et bien coincé dans une tombe, égyptienne semblait- il, et ses pouvoirs ne pourraient l' aider à en sortir. A moins d'un miracle, jamais il ne viendrait à bout de la lourde porte de granit, donc de se sortir de ce mauvais pas.
Il s'assit sur les dalles polies recouvrant le sol. Il n'y avait plus rien à faire sinon attendre en priant. Résigné, il sourit à Anubis qui guidait la barque royale en emmenant le pharaon vers l' Au- Delà. L' absurde de sa situation avait quelque chose de comique:
<< - Au moins, j' aurai une sépulture de roi...>> lança- t- il à l'obscurité qui reprenait ses droits sur les lieux tandis qu' Il baissait la luminosité de son aura, afin de s' économiser, dans un long soupir qui mourut contre les dalles de pierre.

Lucifer écumait de rage.
Visiblement quelque chose n'avait pas fonctionné correctement pendant son transfert dans la boucle- piège du temps. Il aurait dû émerger au paradis d' avant la Chute, il se retrouvait dans une masure minable avec un humain, race tant détestée qui causa sa damnation, prosterné et baraguouinant un impossible dialect guttural.
Scrutant la pièce, il cherchait un indice sur l' époque de sa destination aléatoire. Force était de constater que les hommes se ressemblaient tous à travers les âges de leurs différentes civilisations. Cependant, il nota l' absence apparente de technologies avancées. Revenant poser son regard sur l' avorton qui lui faisait face, il l' interpella :
<< Toi, humain, dis-moi quand nous sommes ! >>
La hutte fragile trembla sur ses fondations de sable fin. Le Prince réalisa alors que les matériaux de construction de l' époque ne valaient de loin pas ceux de son vaisseau- mère. Plus doucement, adaptant ainsi le niveau sonore de sa voix aux faibles oreilles de ces faibles humains, il répéta sa question. La hutte trembla un peu moins, le toit devrait tenir, évitant dès lors l' humiliation d' une situation comique. Néanmoins, l' humain ne semblait pas le comprendre et il devrait s' abaisser à parler sa langue.
Lucifer invita l' homme à parler, par un geste de sa main griffue. Réhsy, tremblant, ouvrit la bouche pour parler et ne réussi qu'à bredouiller quelques mots.
En se concentrant à l' extrême, le Prince des Ténèbres, reconnut une langue très ancienne : l' égyptien. Aussitôt, des souvenirs de cette langue refirent surface, dans sa mémoire. Il connaissait cette façon gutturale et aspirée de parler. Sur le moment il lui semblait tout connaître de cette langue, sans pour autant se rappeler d' où lui venait cette connaissance.
Laissant cet inconvénient pour plus tard, il en revint à l' humain, qui lui avait parlé de Seth, un nom qui lui aussi lui laissait une drôle d' impression. Cela devait avoir une importance quelconque pour se situer exactement dans le temps, mais pour l' instant, les souvenirs semblaient s' échapper de sa mémoire quand il lui semblait pouvoir les toucher.
Essayant toujours d' analyser la situation, Il se rendit tout à coup compte de sa grande fatigue. Les efforts fournis, lors de la cérémonie afin de dompter les lois du temps, se révélaient plus grands qu' il ne les avait calculés. Il lui fallait impérativement reprendre des forces pour pouvoir, ensuite, faire face à sa situation et redresser la barre dans le bon sens. Oubliant le galactique standard, il demanda à son hôte de l' héberger et de pourvoir à sa sécurité.
Trop content de ne pas mourir sur le champs, Réhsy promit tout ce que le Démon lui demandait et bien plus encore. S' il avait eu une famille, il lui aurait promis sa femme et ses filles, même ses garçons.
Le marchand apporta des couvertures et de la nourriture. Il piocha même dans les meilleures cruches de vin de sa réserve personnelle. Des vins datant de l' an 5 du règne de pharaon. Le meilleur dans l' excellence.
Puis il referma la porte de son arrière- boutique, en s' inclinant très bas, et se prosterna devant celle- ci, attendant un signe de celui qu' il croyait avoir convoqué pour servir ses propres dessins contre pharaon.

Pouyi trouvait le temps long. Seul pour accomplir son tour de garde, il longeait une crête rocheuse surplombant la Vallée des Rois. Certe, sa situation n'avait rien à envier à celle de certains dignitaires thébains. Etre garde de la Place de Vérité voulait dire avoir beaucoups d' avantages sur le commun des Egyptiens. Son salaire était assuré par pharaon Lui- même et suffisait amplement à nourrir sa famille. Il disposait aussi d' une jolie maison décorée par les artisans de la Place.
N' empêche, ces rondes de nuit étaient interminables. Surtout, il fallait quand même bien l' avouer, à veiller sur des tombes il ne se passait jamais grand- choses. Le service de sécurité, mis en place par Séthy, avait depuis longtemps découragé les pilleurs. Même aux environs de Deir el- Médineh, la Place de Vérité, la nuit était toujours calme. La nuit, l' Egypte dormait du sommeil du juste, grâce à des hommes comme Pouyi, d' ailleurs.
En étant là de ses cogitations, il s' arrêta net et manqua s' étrangler de peur en voyant la stèle scellant l' entréee d' une tombe luire comme une lampe à huile. N' écoutant que son courage armé d' années d' entraînement, et il lui en fallut beaucoup, il donna aussitôt l' alarme. Ses cris se répercutèrent sur les parois de la Vallée et d' autres gardes les relayèrent jusqu' au poste principal de la police.
Soufir, le capitaine des gardes, plus haut gradé de la garnison de la Place de Vérité, se réveilla alors et entreprit de s' habiller en catastrophe. Prenant au passage ses armes, lance et épée, il courut chez le contre- maître de l' équipe de droite, guide spirituel et patron de tous les artisans.
Il n' eut cependant pas à aller bien loin, car dès l' enceinte de la Place atteinte, la porte du village s' ouvrit, laissant passer le scribe de la Place et le contre- maître.
Le scribe interrogea Soufir sur les causes de ce raffût et celui- ci ne put en dire plus à ses deux interlocuteurs. Aussi, c' est de concert qu' ils prirent le chemin de la Vallée des Rois, anxieux à l' idée de ce qu' ils allaient découvrir. Même si le contre- maître connaissait toutes les formules pour apaiser l' âme des pharaons défunts, il n' était jamais bon de se frotter à ce qui pouvait rôder dans la Vallée, la nuit.
Quand enfin ils arrivèrent sur les lieux, Pouyi leur indiqua la stèle à l' origine de l' incident. Armé d' un pic, le contre- maître entreprit de faire sauter la stèle qui scellait la dernière demeure du père de Séthy, Ramsès.
Il en resta bouche bée quand, dans un dernier effort, il délogea la dalle et découvrit un homme, tout sourire, le saluant de la main.
<< Comment es- tu entré ? >> Après n' avoir remarqué aucune traces d' effraction et aucun tunnel, ce fut la seule chose qu' il trouva à dire, tant la situation le laissait perplexe. Il avait pioché pendant une bonne partie de la nuit pour entrouvrir l' entrée de la tombe et, à contrario, l' étranger semblait s' être matérialisé dans les lieux. Hors, toutes personnes instruites savaient que c' était impossible.
L' étranger, Aarun, vous l' aurez compris, bénissant l' usage du traducteur vocal et la bonne idée qu' il avait eue des années plus tôt d' intégrer plusieures langues anciennes à l' appareil, ne savait que répondre. Comment expliquer sa présence dans cette sépulture. S' il pouvait donner l' image d' un homme de l' époque facilement, grâce à ses pouvoirs paranormaux, de même s' il pouvait cacher ses vêtements et ses appareils à ses interlocuteurs tout autant facilement, il se voyait mal expliquer son aventure à bord du vaisseau- mère de Lucifer. Ayant une assez bonne idée de la situation, il préféra éluder la question et se laisser emmener par le petit mais redoutable groupe de soldat venus en renfort.
Encore une fois, il laissa son destin s' écrire, et c' est sans faire de difficultés qu' il se laissa emprisonner au poste de la garnison. Il entendit encore le scribe et le capitaine s' entretenir à son sujet, puis il s' efforça de se détendre sur la natte posée à même le sol afin d' être en pleine forme pour son entrevue avec Pharaon. Séthy s' il avait bien suivi...
Le soleil du zénith inondait la salle d' audiences. Vétu d' un pagne blanc, Séthy présidait l' assemblée de dignitaires venus soumettre leurs problèmes à la sagesse du descendant d' Horus. La grande reine Touya siégeait aux côtés de Pharaon, en tant que grande prêtresse d' Isis, donnant ainsi une image solide du pouvoir.
Le grand vizir exposait les comptes des divers greniers royaux, quand un messager lui apporta un papyrus urgent. Il lui était envoyé depuis Deir el- Médineh, la Place de Vérité, lieu saint habité par les seuls ouvriers de la vallée des rois. Plus précisemment, la missive venait du Scribe de la- dite Place, et lui annonçait que le contremaître escortait un pilleur de tombes, capturé pendant la nuit.
La chose était suffisamment gravissimme pour l' annoncer de suite à Séthy, coupant court à son exposé des comptes. Au moment où il commençait à formuler sa dénonciation, un garde fit entrer le pilleur.
Celui- ci, malgré la peine de mort assurée, restait curieusement fier et gardait la tête haute. Placé devant le couple royal, il ne semblait pas impressionné et un coup de lance derrière les genous réussit tout de même à le faire s' agenouiller.
L' assemblée, stupéfaite de l' irrespect du prisonnier enchaîné envers le roi, retenait son souffle, en attendant de voir la réaction de pharaon, ce qui entretenait une certaine tension dans l' air.
Le souverain, soutenant le regard de l'insolent, commenca le jugement immédiat, après lecture de l' acte d'accusation rédigé par le scribe de la Place de Vérité. Même si l' issue en était toute tracée, la mort, chacun avait droit à un jugement équitable, dans les rêgles de la loi de Mâat.
<<- Tu as violé la sépulture de mon défunt père, Ramsès ! Te rends- tu compte de tes actes ? >>
<<- Je n'ai rien volé dans cette sépulture, grand roi. Je m'y suis juste retrouvé... coincé... comme par... magie! >> Autant révéler un peu de la vérité. Au point ou il en était.
Pharaon éclata de rire .
<<- Le pillage de tombe et l' exercice de la magie est puni par la mort. Je trouve ta défense bien risquée. Serais- tu fou ? Quel est ton nom ? >>
<<- Mon nom est Aarun et je ne suis...>>
<<- Quel nom as- tu prononcé ? Aarun ?? >>
<<- Tel est mon nom, en effet, mais je doute que cela te dise quoi que ce soit. En fait je suis...>>
Aarun laissa mourir la fin de sa phrase en réalisant que le roi et la reine se fixaient intensément et qu'un jeune garçon aux cheveux roux s' avançait vers lui.
Ce garçon lui disait quelque chose tout en se sentant étrangement proche de lui. Fouillant sa mémoire, il réalisa enfin dans quelle époque il avait atterri. Ce pharaon était Séthy 1er et le jeune garçon serait le puissant Ramsès II, dans quelques années. Il avait été intrigués, dans sa jeunesse passée sur Terre, soit dans quelques 5000 ans, par le fait que le successeur de Séthy ait été Ramsès, deuxième dans la liste d' accession au trône d' Egypte, ernfant roux, couleur du mal. Alors que Séthy voulait littéralemment dire " de Seth", Dieux égytien équivalant au Diable dans la religion catholique. Cette relation entre Seth et ce Ramsès roux lui avait d' ailleurs valu de longue réflexion sous les étoiles.
Il était donc bizarre que cet enfant qui le dévisageait en sache si peu sur lui, alors qu' Aarun pouvait en réciter la vie dans ses moindres détails. Et pourtant, jamais il n' avait lu d' allusions à lui- même, dans l' histoire. Le paradoxe temporel donnait visiblement la migraine à quiconque y réfléchissait.
Pharaon se leva et s' avança également vers l' Empereur. Il s' arrêta si près de lui, que leurs visages semblaient se toucher. Aarun en conclut qu' il passait là une sorte d' examen obscur destiné à rallonger le temps du jugement. Ne sachant toujours pas à quoi s' en tenir, prêt à user de ses pouvoirs pour se libérer, il soutint le regard du Pharaon, encore une fois.
Contre toutes attentes, le souverain des Deux Terres s' inclina, levant un murmure de désapprobation dans l' assemblée.
<<- Pardonnes mon erreur Grand Roi. Si tu t' étais annoncé, je t' aurais reçu avec les honneurs qui te sont dû. Gardes, libérez tout de suite cet homme et que l' on nous laisse seuls. Que celà soit exécuté ! >>
D' abord hésitant, les gardes s' exécutèrent aussitôt le regard impressionnant de pharaon croisé. Le Grand Vizir poussa les personnes offusquées de la tournure de l' audience, vers les lourdes portes à battant qui fermaient la salle.
Comme le jeune Ramsès s' en allait aussi, son père lui demanda de rester présent, mais congédia Chénar, son frère aîné. Ne restaient plus que le couple royal, Ramsès et Aarun dans la pièce.
De condamné à mort, Aarun venait de passer à visiteur de marque. Ce qui était un vrai soulagement car il n' aurait pas à bouleverser l' histoire en décimant la cour de Séthy 1er. Par contre le côté enigmatique que prenait son jugement le laissait perplexe. Pourquoi le Pharaon l' avait- il appelé "Grand Roi " ?
Il était certe Empereur, mais ce ne serait que dans quelques milliers d'années standard. De plus, l' Egypte était loin de connaître l' Empire, encore moins son chef, Dieu par conséquent.
Intrigué au plus haut point, il attendit que Séthy, il ne s'y faisait décidément pas, prenne l' initiative. Peut- être que les réponses viendraient d' elles- même.

Le soleil se couchait, descendant très vite derrière l' horizon, annonçant la fin d'une rude journée de travail et d' un peu de fraîcheur à venir.
Lucifer s' étirait tout en s' éveillant. Le sommeil avait été réparateur et des forces toutes neuves irradiaient et coulaient dans son corps. Il avait eu besoin de se régénérer pendant la fin de la nuit précédente et de toute la journée. Maintenant il était frais et dispos et avait une petite idée de la situation. Petite ? - A dire vrai il pensait pouvoir retourner à son avantage la monumentale ratée de sa boucle- piège du temps. En effet, il se rappelait très bien l' époque ou il avait atterrri. Un monde civilisé dont les fondements étaient basés sur une religion pluridéiste. Il avait même joué un rôle non négligeable dans son histoire, mais, cette fois, il aurait un net avantage sur ses adversaires,connaissant le futur de cette époque révolue.
Réhsy, qui n'avait pas bougé de sa position, toujours prosterné devant la porte de son arrière boutique, écoutait les bruits témoignant du réveil de son visiteur. Il ne savait pas s' il devait aller au- devant de celui- ci, ou l' attendre sagement dans sa position inconfortable. Encore terrorisé par l' apparition, il prit le parti de ne rien faire, malgré le tohu- bohu magistral qu' il percevait à travers les murs.
Bien qu' hautement honoré que Seth l' ait exaucé, il craignait pour sa précieuse marchandise, importée d' Orient et du pays Hittite, sa patrie. Il entreposait également des épices rares, aux prix très élevés, venant du très lointain pays de Koush. Ces derniers étaient principalement vendus aux temples de la capitale, Thèbes, pour les diverses cérémonies sacrées, et il perdrait ses avantages et une importante source de revenus si ceux- ci venaient à être détruits par Lucifer.
La porte vola en éclat et le sol se remit à trembler, un peu moins fortement, quand Lucifer s' encadra dans l' embrasure. Il considéra un moment l' avorton prosterné et dans un sourire maléfique et empreint de cruauté :
<<- Relèves- toi, mortel, j'ai un plan pour s' emparer de l' humanité. A commencer par ce pays- ci. >>
Réhsy se releva en tremblant et regarda Lucifer dans les yeux. Son regard était quasiment insoutenable, tant la haine et la violence y étaient présents.
Soudain, un éclair jailli des mains tendues du visiteur et l' enveloppa. Une sourde énergie coula en lui, lui arrachant un hurlement de douleur. Quand l' éclair s'atténua pour, enfin, s' éteindre, il remarqua alors qu' il pouvait maintenant soutenir le regard mauvais de Lucifer. Il sentait aussi une redoutable manifestation de pouvoirs magiques dans tout son être.
<<- Voici des pouvoirs qui t' aideront à mener à bien ta mission, mortel. Mais d'abord, trouves- moi un prêtre de Seth au plus vite. Nema !! >>
Réhsy se permit la réflexion que sa première mission aurait put être un peu plus facile. En effet la pratique de la magie, blanche ou noire, étant interdite en terre égyptienne, un prêtre de Seth serait particulièrement cossu à trouver. Néanmoins, il connaissait pas mal de monde à Thèbes et, tout en s' inclinant tellemment bas qu' il défia les lois de la gravité, il promit de s' acquitter de sa tâche.
Lucifer sorti de la masure en promettant milles souffrances en cas d' échec et parti en direction du désert pour une petite reconnaissance de la région. Avec un peu de chances, il tomberait par hasard sur la personne qu' il devrait absolument contacter pour réaliser ses plans diaboliques.
Réhsy, quand à lui, rassembla quelques objets dans sa réserve. Des vases, des draps de lin et un assortiment d' encens sacré et d' épices formèrent tout son bagage. Ceci empaqueté, il prit la direction de la capitale, espérant trouver en chemin, et assez vite, un prêtre de Seth.

