Michaël, l' Horus vivant
Par Giauque Cédric
Le soleil était déjà haut sur la capitale, quand Aarun revint du pays des rêves. Il avait dormi d' un sommeil tourmenté par de nombreux cauchemars consécutifs à son voyage dans le temps.
Remis de ses émotions et la situation étant claire dans son esprit, il entreprit de chercher le pharaon dans l' immense palais royal. Chose qui fut facile car un soldat montait la garde devant sa porte et était chargé d' accompagner l' Empereur en audience immédiate auprès du maître des Deux Terres.
Séthy l' attendait en compagnie de la reine Touya et de ses fils, Chénar et Ramsès. Chénar représentait la diplomatie égyptienne en tant que vice- roi, Ramsès était sans doute là pour parfaire son éducation.
Ce dernier vint à sa rencontre avec un immense sourire et l' acceuillit dès son entrée dans la salle de travail du pharaon, pour le mener devant le couple royal. Séthy se leva et embrassa Aarun, puis l' Empereur de Cresta présenta ses hommages à la reine.
Des pâtisseries au miel furent servies et du lait de brebis aux épices arrosa le tout. Visiblement, Séthy traitait Aarun comme son égal et Aarun se dit que l' entrevue en serait d' autant facilitée.
La conversation, traduite par le tricordeur, s' amorça sur des banalités et Aarun se trouva tout de suite gêné par le fait que Séthy semblait l' attendre depuis longtemps. Du moins ne semblait- il pas étonné de l' arrivée de son visiteur. Chose improbable si l' on tenait compte qu' Aarun se retrouvait là par hasard, après avoir saboté une machinerie diabolique quelques 700 ans standards plus tard, soit près de 5000 ans terriens.
Le vice-roi, Chénar semblait se méfier et ne cachait pas son agacement envers la présence d' Aarun. Ramsès buvait la moindre parole d' Aarun et semblait hypnotisé par lui.
Séthy, le petit déjeuner terminé, entama une discussion plus grave.
<<- Nous allons descendre dans les terres du Delta. C'est un long voyage par le Nil qu' il est impératif que nous fassions. Pendant notre absence, mon épouse régentera le royaume, aidée par Chénar. >>
<<- Et moi, père. Puis- je vous accompagner ? demanda le jeune Ramsès. >>
<<- C'est un voyage qui nous mènera aux portes du royaume invisible, mon fils. Crois- tu être assez fort pour te maîtriser devant les Dieux ? >>
<<- Je suis fils de pharaon, mon père. Cela ne suffit - il pas ? >>
Aarun, qui se réjouissait à l' idée de cotoyer le grand Ramsès, même jeune du haut de ses quatorze ans, appuya cette idée :
<<- Après tout, est- ce si dangereux que cela pour votre fils, majesté ? >>
<<- Certe non, mon ami, répondit Séthy, mais je dois te faire découvrir des secrets gardés depuis des lustres. Des secrets si graves, que l' équilibre de l' Egypte pourrait en être définitivement compromis, si ils venaient à être connus. >>
<<- Dans mon pays, l' on dit que les voyages forment la jeunesse. Après tout est- ce si grave que cela si le jeune Ramsès nous accompagne ? >> Répondit Aarun qui voulait absolument faire la connaissance du futur pharaon.
<<- Acceptez, père. Je saurais me faire discret. C' est aussi l' occasion de connaître les terres du Delta. >>
Ramsès aussi voulait cotoyer l' étranger qui le fascinait. Chénar, pour sa part, se montrait très méfiant. Aarun s' en méfiait également, ayant détecté dans son aura des taches sombres, presque noires. Celui- ci prit la parole.
<<- Mon jeune frère possède la fougue de la jeunesse, mais elle est inadaptée à accompagner pharaon et notre visiteur dans un voyage officiel. >>
Il n'en fallut pas plus à Séthy pour accéder à la demande de son plus jeune fils. En effet, il ne faisait pas entièrement confiance à son aîné et l' idée de profiter de ce voyage pour former Ramsès lui apparut soudain très bonne. D' autant que le but de ce périple fluvial avait un lointain rapport avec Ramsès. N' en disant pas plus sur ses motivations, il répondit par l' affirmative, à son cadet.
Chénar encaissa le camouflet sans broncher, et prétexta d' aller superviser les derniers préparatifs du départ, sur les quais, pour s' éclipser. Il ne se rendit pourtant pas directement au bateau, mais passa d' abord chez lui pour prendre à la volée, une amulettes aux pouvoirs magiques dont seuls les initiés en connaissaient la fonction.
Car Chénar se savait menacé par son frère dans la succession au trône d' Egypte. En effet, son père, Séthy, préférait Ramsès et il savait que son titre de vice- roi ne tenait qu' à un fil et était, en fait, un titre de prestige plutôt qu' une réelle fonction haut- placée.
Mais cela avait assez duré. Il était temps de se débarrasser de Ramsès, et ce voyage en serait enfin l' occasion tant attendue.

Réhsy était exténué. Il avait marché toute la nuit en direction de Thèbes. Ce n' était qu' au petit matin, qu' il avait pu échanger quelques épices contre un bon cheval, qu' il avait forcé à maintenir une allure soutenue, jusqu' aux portes de la capitale.
Son but était de contacter un haut dignitaire thébain, qu' il savait impliqué dans de nombreuses histoires troubles. Il espérait que celui- ci saurait le mettre en contact avec un prêtre de Seth.
Pour l' heure, il longeait les quais où régnait une activité fébrile, signe d' un grand départ. Il reconnut la barque royale et en déduisit que le pharaon serait du voyage.
Ce maudit pharaon qui avait soumis son roi bien- aimé, Hattousil, lors de la prise de la forteresse de Kadesh, en plein coeur du pays Hittite.
Il fut d' abord tenté de rester là et, en improvisant, profiter de la foule pour jeter un sort au souverain. Puis se ravisant, il mit cette idée de côté, l' entreprise étant trop risquée et trop éloignée de sa véritable mission actuelle.
Pourtant, distrait par les préparatifs, il ne pouvait s' empêcher de flâner sur la rive du Dieu fleuve, attiré par la perspective de frôler de si près, son ennemi juré : Séthy.
Une foule dense s' entassait déjà sur les lieux, la nouvelle du départ de pharaon attirant le peuple comme une lampe à huile attirait les moustiques. Chacun voulant voir le roi.
Au détour d' une rue transversale au quai, il percuta un homme étrange. Cachés par une djellaba en haillons, l' homme portait des vêtements de riche. Réshy entraperçut même un pectoral en or, signe d' une grande richesse.
L' homme grommella une bordée de jurons et de noms d' oiseaux, en guise d' excuses, un signe de plus de son appartenance à la haute société, et, s' enveloppant encore plus dans sa djellaba, disparut dans la foule.
Réhsy ramassa les quelques paquets tombés de son bagage et s' arrêta net en découvrant une amulette, à terre. La soupesant pour voir si elle était composée d' or pur ou d' un alliage, il déchiffra celle- ci, une tablette où était inscrite une formule de magie. Il comprit pourquoi l' étrange personnage était si pressé de disparaître car ce devait être lui qui l' avait perdue lors de la collision.
La formule était gravée en hiéroglyphes et semblait destinée à attirer les foudres de Seth sur l' endroit où elle devait être déposée. Mais seule une incantation précise pouvait donner à l' amulette, toute sa puissance néfaste. Hors, Réhsy le savait de son expérience de la magie, seul un prêtre connaissait ces formules.
Aussitôt, le marchand se retourna et entreprit de retrouver cet homme mystérieux rencontré par hasard. Il venait de trouver le but de sa mission. La tâche, pourtant, serait loin d' être facile, dans cette foule compacte.
Confiant, il se dit que si Seth lui avait fait rencontrer un de ses prêtres, il l' aiderait à le retrouver.
L' apparition qui se nommait L'si- Fer serait satisfaite plus vite qu' il ne le pensait au début de son voyage.

Lucifer marchait dans le désert depuis qu' il avait quitté l' avorton qui s' appelait Réhsy. Il espérait tomber sur une trace de l' entité qu' il voulait, et qu' il devait rencontrer. Sans elle, pas de plan de secours. Il était primordial de rencontrer cette personne s' il voulait s' emparer du pouvoir sur cette misérable planète, et cette personne s' appelait Lucifer, comme Lui. Le Lucifer du passé.
A l' époque et dans cette partie du monde, il se faisait appeler Seth, le Dieu Chacal, le Maître du Désert. Hors il lui était impossible de savoir exactement où il pourrait Se trouver à l' instant.
Primo, parce qu' il changeait constamment d' endroit, en cette période troublée de l' ancien temps.
Deuxio, parce qu' il ressentait encore les effets de la boucle- piège et ne pouvait faire totalement confiance en ses pouvoirs.
C' était justement la raison pour laquelle il avait chargé Réhsy de trouver un prêtre de Lui- même. Avec la bonne incantation, il serait possible de convoquer le Lucifer de l' époque où il se trouvait actuellement.
Bredouille dans ses recherches faites aux hasards des dunes, il décida d' attendre le marchand chez lui. Il prit le chemin du retour en maudissant Asmodée de l' avoir envoyé là.

Chénar avait revêtu une djellaba élimée pour passer inaperçu à sa sortie du palais. Personne ne devait le reconnaître alors qu' il se rendait chez lui, une vaste demeure richement meublée. En effet, l' on ne devait surtout pas faire le lien entre lui et la tablette magique qu' il allait déposer sur le bateau de son père, et que l' on retrouverait inévitablement si Séthy ordonnait une enquête, après qu' elle eut rempli sa fonction : attirer le Mal sur son frère, Ramsès.
Après avoir percuté un marchand en approchant du port, il se débarrassa de son déguisement dans un coin sombre et se rendit, en tant que vice- roi, pour superviser les préparatifs du départ pour le Delta. Sa fonction lui permit de monter à bord de l' embarcation royale et il se dirigea directement dans la cabine, sur le pont unique, pour y déposer son larcin.
Une fois à l' intérieur de la petite maison de bois, il plongea la main dans sa ceinture et blêmit d' horreur en ne sentant pas l' amulette. Il fouilla fébrilement ses vêtements et dû bien constater qu' il avait perdu la précieuse tablette magique. Ses espoirs de se débarrasser de son frère s' envolèrent aussitôt et il entra dans une colère noire dirigée contre ce stupide marchand qui avait ruiné son plan en déambulant n' importe où. Il laissa quand même une tablette d' argile attirant le mauvais oeil, ou des pustules, il ne savait plus exactement, sur place, sous les lattes du pont.
Furieux, Chénar s' en prit au capitaine et à ses matelots, passant ainsi sa rage. Tout y passa. De la tenue des marins à la propreté du pont, le vice- roi contrarié donna des ordres en aboyant sur les soldats du bateau.
Les hommes obéirent, bien qu' ils soient prêts depuis longtemps. Ce fut quasiment un soulagement pour tout le monde quand une garnison en provenance du palais ouvrit le chemin, en travers de la foule, pour le char de pharaon.
Sans violence, mais avec fermeté, la garnison repoussait les personnes agglutinées tout au long du trajet qui allait du palais au quai. Quand pharaon sortirait, juché sur son char doré, la route devrait être libre et la voie offerte aux chevaux de trait.
Se désintéressant des marins, Chénar s' en prit alors aux fantassins pour des motifs tout aussi futiles que ceux utilisés pour leurs collègues du bateau. Il ne se tut que lorsque le char de pharaon s' annonça par un nuage de poussière, et il s' avança de quelques pas pour accueillir son père et son escorte.
La foule criait son amour et son attachement au Dieu vivant, descendant d' Horus. Pharaon saluait ses sujets et lançait des sourires à tout va. Il appréciait ce bain de foule régénérescent, précédent une aventure risquée et lourde de conséquences.
Chénar prit les rênes des chevaux du char et salua respectueusement son père, lui souhaitant un bon voyage. Bien que n' en pensant pas un mot, il espéra la protection des Dieux sur le convoi fluvial et ses illustres occupants.
Il salua même Aarun, qui lui déplaisait particulièrement. Dans un terrible effort de courtoisie, il embrassa son frère avec un sourire où se cachait toute sa cruauté et son dégoût pour lui.
Il récita quand même un sort de malheur en pensant à son frère, alors que le bateau appareillait. Sans amulette à bord, c' était tout ce qu' il pouvait faire pour l' instant.
Si Seth était avec lui, son frère ne reviendrait pas vivant de l' expédition et la succession serait alors à lui.

Aarun jubilait. Durant ses années passées sur Terre, il s' était passionné pour l' égyptologie et ses nombreux mystères. Hors il se retrouvait plongé au sein même de ces temps oubliés. Il avait visité Karnak et Louxor, les temples d' Edfou et de Dendara, s' émerveillant devant la complexité de cette civilisation et de son architecture. Mais les ruines ne rendaient que très peu de la majesté des bâtiments s' offrant maintenant à ses yeux bleus.
Les bas- reliefs sculptés rayonnaient des couleurs appliquées avec soin par les artisans. Les pilônes gigantesques et les obélisques témoignaient de la grandeur des pharaons qui avaient ordonné leur construction.
Debout derrière Pharaon, sur son char tiré par deux superbes chevaux, l' Empereur n' avait pas perdu une miette du fabuleux paysage qui s' étalait du palais royal, au bateau.
Une fois le large pris, il avait continué à scruter les rives du Nil, essayant de reconnaître les lieux où, bien plus tard, il ferait une croisière organisée. Perdu dans ses pensées, il ne vit pas Séthy s' approcher de lui. Il sursauta quand celui- ci l' interpella :
<<- Quel beau pays, n' est- ce pas ? >>
<<- Et promis à une si grande destinée... >>
<<- La grandeur de l' Egypte surpasse tout. Et pourtant l' Egypte n' a jamais été aussi près de tout perdre. >>
<<- Peux- tu me dire maintenant quel est le but de cette expédition. >> Demanda Aarun, prenant ainsi l' initiative d' une discussion plus sérieuse.
Séthy s'agenouilla aux côtés de l' Empereur. Poussant un soupir, il regarda fixement au loin, comme s' il cherchait là- bas, la réponse à la question de son visiteur. Le visage de pharaon devint dur, sous l' intensité de ses pensées secrètes.
<<- Oui, maintenant je peux te dévoiler une partie du mystère. Mais il me semble pourtant que tu dois en savoir plus que moi, mon ami. >>
<<- Je peux t' assurer que je ne vois absolument pas de quoi il retourne. Même mon arrivée ici, est un mystère pour moi. >> Assura Aarun
Séthy s' assura qu' il n' y avait pas d' oreilles indiscrètes aux alentours. Il était visiblement troublé et craignait au plus haut point qu' on l' entende se dévoiler.
L' Empereur se fit la réflexion que cette nervosité ne cadrait pas du tout avec l' image qu' il se faisait du souverain, géniteur du plus grand pharaon de tous les temps. Pourtant, il devait se rendre à l' évidence : ce que Séthy avait à Lui dire, lui brûlait la langue. Il finit par se lancer :
<<- Il y a un lieu tellement secret, dans le Delta, que seul le couple royal le connait. Il y a dans ce lieu des écrits qui mettraient en péril l' Egypte, s' ils venaient à être connus. Tout, dans ce lieu, va à l' encontre de Mâat. A l' encontre d' Amon Lui- même et de sa création. C' est là- bas que je te conduis.>>
<<- Mais si ce lieu est tellement dangereux pour l' Egypte, pourquoi m' y emmener dans ce cas ? >>
Séthy continua de fixer l' horizon, comme perdu dans ses pensées. Il se passa un long moment de silence, seulement accompagné des clapotis du Nil sur la coque, avant qu' il réponde d' un ton encore plus grave :
<<- Aarun, ton nom y est mentionné. >>
<<- Mais enfin, c' est impossible. Je n' aurais déjà jamais dû me retrouver ici, alors que mon nom y soit mentionné... c' est du pur hasard. >>
<<- J' ai bien peur que non, grand roi. Il n' y a pas d' autre roi qui s' appelle Aarun et qui descende du Dieu Soleil, Aton. >>
<<- Mais Aton n' est plus reconnu depuis Akhenaton et Amon a repris sa place au Panthéon, que je sache. >>
Se levant et en soutenant le regard bleu de l' Empereur, Séthy lança alors :
<<- Jusqu' à ta venue, j' aurais aussi dit cela. Aujourd' hui ta seule présence remet en doute la légitimité de tous les Dieux d' Egypte. Si Akhenaton, le roi hérétique, a mentionné ton nom, ta venue tend à prouver sa raison. Et si Akhenaton avait raison... >>
Séthy laissa plâner la fin de sa phrase. Etait- il vraiment indispensable de terminer et, ainsi, de devoir dire l' impensable pour un roi qui servait Amon et les autres Dieux.
Aarun comprit alors que son hôte mettait en jeu tout une dynastie, plutôt que de le faire simplement disparaître en le condamnant à mort, suite à l' épisode de la tombe de son père, Ramsès 1er. En voulant aller au bout de la vérité, c' était son trône et son pays que Séthy mettait en jeu.
Le roi des Deux Terres se retira sous le coup de l' émotion. Aarun le laissa partir sans le suivre, comprenant que Séthy avait besoin d' un peu de solitude après pareil secret dévoilé. Une toute petite partie, en fait, mais déjà tellement énorme pour le pharaon.
Cela revenait, pour Aarun, à reconnaitre que Dieu, son Dieu, n' existait peut- être pas, et il compatissait sincèrement à la peine que cela faisait à Séthy.
Pour le moment, Aarun, devait lui aussi digérer les informations données par le pharaon.
Son nom, chose incroyable, était mentionné dans un bas- relief égyptien. Coïncidence ? Dans ce cas, pourquoi Séthy avait mentionné le fait qu' il était le descendant d' Aton, le disque solaire, le Dieu unique ?
La vérité était bien là. Aarun était le bras armé de Dieu et bien des Empereurs avant Lui avaient prétendu descendre de Dieu pour faciliter le contact avec des peuples plus primitifs. Même ici, sur Terre, dans trois mille ans, un Empereur viendrait tenter d' établir un premier contact avec les terriens. Son nom sera Yéésus et le contact se terminera, comme l' on sait, par la mise à mort de celui- ci.
Mais tout cela ne disait pas à Aarun le pourquoi du comment. En fait, cela compliquait encore plus sa situation, et il décida d' attendre de voir ce fameux bas- relief.
D' ici là, pouvaient encore survenir d' autres surprises.

Tout en suivant le riche et mystérieux personnage, Réhsy comprit qu' en se concentrant suffisamment, il pouvait suivre quelqu' un de loin, simplement en pistant l' aura de couleur particulière à chaque personne. C' est ainsi qu' il suivit Chénar jusqu' au quai, puis jusqu' à sa demeure, au centre de Thèbes. Ses tout nouveaux pouvoirs se révélaient bien pratiques.
Prétextant vouloir lui vendre sa marchandise rare et onéreuse, il réussit à obtenir une audience auprès du vice- roi. Il fut emmené par un serviteur zélé dans une vaste cour ombragée, où il fut prié d' attendre son hôte. Pour donner le change aux serviteurs, il étala sa marchandise, comme pour la présenter en vue d' une transaction.
Tout en se demandant comment il allait présenter la chose pour arriver à faire que Chénar le suive auprès de L'si- fer, Chénar fit son apparition :
<<- Par tous les Dieux ! Toi ! Misérable, que fais- tu ici ? >>
Visiblement, Chénar avait remarqué la perte de son amulette, se dit Réhsy, et il lui en tenait pour compte. Réhsy, surpris par cette entrée en matière brutale, bredouilla :
<<- Pa...pardon pour votre amulette. Je vous la rapporte justement. Dit- il. Heureusement que c' est moi qui l' ai retrouvée...>>
<<- Chien ! Tu veux certainement me faire chanter, mais tu ne ressortiras jamais d' ici vivant, par Seth ! >>
Réhsy, à qui la situation échappait totalement, recula en foulant sa précieuse marchandise. Les bras tendus devant lui pour se protéger de Chénar, ou plutôt de la dague qu' il venait de brandir, il se trouva acculé au mur d' enceinte de la propriété. Chénar n' avait plus qu' un pas à faire pour lui transpercer le corps.
Au moment où le vice- roi abattait son bras, la dague vola à l' autre bout de la propriété.
<<- Par quelle magie fais- tu cela, parle ! >>
<<- Par la magie de Seth qui m' a donné des pouvoirs. Je vous l' ai dit : heureusement que c' est moi qui ai trouvé l' amulette. Mais je ne suis pas ici uniquement pour cela. J' ai une mission. Il y a un être envoyé par Seth, qui m' attend à l' oasis de Kargeh. Je dois lui amener un prêtre de Seth au plus vite. En êtes- vous un ? >>
<<- Cela se pourrait, pourquoi te ferais- je confiance ? Je risque la peine de mort pour cela. >>
<<-Moi aussi, et pourtant je me suis confié à vous. Il faut partir au plus vite. Alors ? M' accompagnez- vous ? >>
Chénar pesa le pour et le contre. Sa tentative de sortilège échouée, un envoyé de Seth pourrait peut- être rattrapper le coup. De plus, à cheval, l' oasis de Kargeh n' était pas si loin. Il pourrait prétexter une affaire urgente et s' absenter peu de temps, de la capitale et de ses affaires courantes.
<<- Soit, je te fais confiance. Nous partirons dès que mon char sera apprêté. >>
<<- Vous ne le regretterez pas.>> dit Réhsy en serrant la main de son hôte.

Ramsès était intrigué par l' étranger. Il se sentait irrémédiablement attiré par lui. Ce n' était pas sa chevelure blonde, ni son teint pâle, qui faisaient naître en lui ce sentiment. Encore moins sa stature et son maintien de roi. Non, c' était plus intime que cela, plus profond. Comme si, intuitivement, il savait son destin lié à celui d' Aarun. Pour l' heure, Ramsès l' observait de loin.
Celui- ci était toujours assis à l' autre extrémité du pont, semblant goûter du regard le paysage défilant. Ca et là, de la rive, des paysans faisaient de larges signes, reconnaissant l' embarcation royale. Aarun répondait d' un signe de la main en souriant. Pour Ramsès, cela dénotait un roi proche du peuple. Un roi qui ne se sentait aucunement supérieur au commun des mortels. Un bon roi.
Si Ramsès s' était trouvé en première ligne pour accéder au trône d' Egypte, c' est à ce roi qu' il se serait efforcé de ressembler. Comme à son père, d' ailleurs. Mais, Aarun, possédait un parfum d' exotisme indéfinissable, qui le rendait un peu mystérieux et d' autant plus attachant.
Pour sa part, l' Empereur se savait observé avec soin. Mais il préférait laisser au jeune Ramsès, le loisir de choisir le bon moment pour discuter. Il était impatient de converser avec le futur souverain, même si il était le seul à connaître la destinée du jeune homme. Pourtant il se promit de ne pas faire le premier pas.
Se replongeant dans la contemplation du paysage égyptien, il se tourna un peu plus vers Ramsès, l' invitant ainsi à se découvrir.
Le stratagème fonctionna et Ramsès l' observa dès lors ouvertement, adoptant la même posture en tailleur qu' Aarun.
La situation semblait s' éterniser, quand enfin, Ramsès se leva et vint s' asseoir auprès de Lui. Toujours sans piper mot, Ramsès rendit les saluts du peuple, de concert avec Aarun.
C' était déjà un début.

