Michaël, l' Horus vivant
Par Giauque Cédric
Chénar, le frère de Ramsès, guidé par Réhsy, le marchand Hittite, dissimulait son char dans l' arrière cour de la boutique. Empruntant une porte dérobée, ils entrèrent tous deux dans la maison, meublée avec goût.
Réhsy, la nuit étant tombée voilà plusieures heures, alluma des lampes à huile, donnant une ambiance orangée aux pièces.
Chénar se débarassa de son manteau de lin précieux, et observa son nouvel environnement. Les murs étaient recouverts de plâtre de bonne qualité, et, çà et là, étaient ornés de fresques de bonne facture.
Le mobilier venait assurément de la capitale, leur style étant significatif. En fait on pouvait voir au premier coup d' oeil, que les affaires du marchand étaient florissantes.
Réshy offrit du vin de palme, à son visiteur en lui proposant de s' asseoir en se mettant à l' aise, pour attendre l' entrevue avec l' entité nommée L'si- Fer.
De ce fait, avec moultes courbettes, Réhsy se retira et se dirigea vers la porte de son arrière- boutique.
Craintivement, il entrebailla la dite- porte et risqua une demi- tête dans l' ouverture. Il fût alors happé par le col de sa robe et tiré manu- militari, dans la petite pièce d' entreposage de sa marchandise.
L'si- fer était toujours aussi beau, et toujours aussi imposant et terrifiant. Ses yeux s' illuminèrent de rouge sang lorsqu' il prit la parole. La boutique trembla un peu moins que la première fois, mais ce phénomène ajoutait une bonne dose de terreur à l' état nerveux de Réhsy.
<<- Alors humain, as- tu trouvé le prêtre de Seth ? >>
<<- Oui, grand Messager de Seth, Il est là, il attend ton audience dans ma maison. >>
<<- Bien, fait le venir à moi et attends à l' écart que je te reconvoque, j' ai pour toi une autre mission à accomplir ! Va ! >>
Réshy se retira, à reculon, tête baissée, en débitant un flot ininterrompu de louanges au glorieux L' si- Fer. Passée la porte, il continua à reculon jusqu' au milieu de la maison, pour être bien sûr de ne commettre aucun blasphème envers l' entité.
Se relevant il courut jusqu' à Chénar et lui indiqua le chemin vers l' arrière boutique.
Chénar ouvrit la porte en grand et découvrit une ambiance de mort, qui lui sauta aux yeux. Mais son regard fût obnubilé par l' être qui, juché sur des caisses de bois, occupait les lieux. Un être si parfait, si beau et pourtant à l' allure si cruelle. Un être d' où pulsait l' essence de Seth, l' essence du Mal.
Impressionné, Chénar se courba en deux, chose exceptionnelle, en saluant son interlocuteur. Celui- ci lui intima, d' un signe de la main, d' entrer plus avant dans la pièce. Chénar obtempéra et se retrouva à moins de deux coudées, de Lucifer. De cette position, il pouvait sentir le magnétisme de l' être, sur sa peau et dans ses entrailles. Prudent, il attendit que l' envoyé de Seth prenne la parole :
<<- Tu es donc un prêtre de Seth, est- ce vrai ? >>
<<- Je suis aussi grand vizir de pharaon et héritier du trône >>
<<- Tu ne m' impressionnes pas avec tes titres. J' ai besoin d' un prêtre pour convoquer Seth Lui- même. Le peux- tu ? >>
<<- Oui, certainement, cette pratique n' a jamais été tentée et reste très dangereuse, je ne sais si... >>
<<- Le peux- tu, le coupa Lucifer, sinon tu ne me sers à rien ! >>
<<- Attention, étranger, tu parles à quelqu' un d' important, le futur pharaon d' Egypte, on ne me menace pas impunément ! lança imprudemment, Chénar >>
Lucifer resta silencieux, mais ses yeux brillèrent avec beaucoup plus d' intensité. Chénar réalisa qu' il était allé trop loin, avec le messager de Seth.
De fait, Lucifer, tendit le bras et arrêta sa main juste devant la gorge de Chénar. Puis, retournant la main en faisant le poing, il fixa intensément son vis- à- vis.
Au début, Chénar ne sentit rien. Puis une sourde brûlure consuma sa gorge et l' air ne sembla plus pouvoir passer jusqu' à ses poumons. Il voulut aspirer une bouffée d' oxygène salvatrice, mias la douleur se fit plus forte, beaucoup plus intense. Il ne pouvait pas non plus se débattre, semblant tétanisé par le poing serré devant lui.
<<- Et maintenant ? Qui donne les ordres ? >>
La terre sembla trembler sous ses pieds quand les paroles furent prononcées. Le rouge des yeux de l' apparition se fit encore plus sanglant et Chénar s' oublia, suprême humiliation, sur ses sandales dorées.
Il était prêt à accepter n' importe quoi du messager.
Celui- ci relacha un peu son étreinte télékynésique sur la gorge de Chénar, ce qui permit à l' Egyptien de reprendre un peu d' air et, par là- même, de perdre un peu de cette jolie teinte violacée, qu'avait pris son visage.
Au bord de l' asphyxie, quand- même, il assura de sa foi en L' si- fer et promit par tous les Dieux d' Egypte qu' il pouvait convoquer le grand Seth, le Dieu Chacal. Il avait, bien- entendu, prit avec lui ses parchemins de sorts, et il ne lui faudrait que quelques ingrédients supplémentaires, tels que de l' encens, par exemple.
Lucifer congédia l' humain et fit appeler Réhsy par Chénar, qui se garda bien de dire que c' était là une tâche indigne de son rang.
Réhsy, qui avait apprit le voyage de pharaon, pendant le trajet, commença par expliquer à Lucifer, qu' il y avait une amulette maléfique à bord du bateau du souverain. Il donna aussi toutes ses informations sur le visiteur à l' origine du départ précipité de pharaaon et de son jeune fils, Ramsès. Il essaya de demander de l' aide, vu les pouvoirs manifestes de L' si- Fer, pour renverser pharaon, mais dû bien constater que l' apparition ne l' écoutait pas. Elle semblait réfléchir intensément. Tout à coup, elle reprit la parole :
<<- Je suis content de toi, humain. Tu m' as prouvé ton allégence. Mais j' ai encore besoin de toi. Je vais t' envoyer, en me servant de l' amulette comme d' un guide, aux abords du Nil, là où se trouve le pharaon. Etant donné qu' il est le garant de l' équilibre de ce pays, tu vas tout faire pour entraver son voyage et le tuer. Tu te serviras des pouvoirs que je t' ai déjà donnés. Une fois que le fils d' Horus ne sera plus, Je pourrai prendre le pouvoir. >>
Réhsy, qui voyait l' aubaine de réaliser ses projets sans demander l' aide de l' apparition, se fit la réflexion que pharaon devait être loin et que celà serait impossible de le rattraper, même avec une amulette comme guide. Même en prenant le char de Chénar, l' entreprise était quasi impossible à mener à terme.
Fort déçu par ses réflexions, il remarqua alors que le visiteur récitait une incantation aux sonorités très anciennes.
Les yeux fermés, comme pour mieux se concentrer, la bouche, entrouverte, ne laissant échapper qu' un murmure, Lucifer semblait scintiller. Sa silhouette se détachait nettement de la noirceur de la pièce, qui semblait luire du mal se détachant de la faible lumière de Lucifer.
Soudain, ouvrant les yeux en grand, innondant l' arrière boutique d' une lueur mauvaise, Lucifer fixa Réhsy et prononça :
<<- Neemaaaa ! >>
Alors, Réhsy, se senti enveloppé par les yeux de L' si- Fer et la lumière rouge lui parut s' insinuer en lui. Toute la pièce sembla se mettre en mouvement et s' estomper petit à petit, lentement d' abord, puis se mit à tourner de plus en plus vite.
A mesure de cette accélération, Rhésy se sentit plus léger et commença à se dématérialiser.
Chénar, qui observait la scène par les jointures de la porte, vit le marchand Hittite disparaître, s' évanouir complètement dans un souffle de vent, rouge comme le Mal.
Ne sachant pas le pourquoi de cette disparition, il se dit que le marchand devait avoir déçu le messager de Seth. Ne voulant surtout pas subir le même sort, il se mit en demeure de trouver rapidement les ingrédients pour la cérémonie de convocation de Seth.
Au diable le protocole, cette apparition le terrorisait, et il ne voulait surtout pas la décevoir.

Aussi, c' est sans surprise que la reine Touya, assurant l' intendance du royaume des Deux Terres pendant l' absence de son époux, ne fût pas le moins du monde surprise par ce qu' elle apprenait à l' instant : Cénar était parti, sitôt son père ayant appareillé en compagnie du visiteur, Aarun.
Ce qui était moins surprenant, c' était la personne avec qui il était parti. L' espion assurait que c' était avec un marchand Hittite, bien connu des services de police, soupçonné maintes fois de complot et d' usage de la magie. Pourtant, jusqu' ici, rien n' avait pû être prouvé, et le marchand n' avait pas été inquiété outres mesures.
Séthi l' avait autrefois fait remarqué à son épouse : Chénar trempait dans des histoires louches visant le pouvoir. N' ayant d' autre choix que de le nommer à un poste important, celui de vizir, il ne lui donnait que des tâches annexes, tâches qui suffisaient à Chénar, celui- ci préférant donner de somptueuses réceptions plutôt que de s' occuper de tâches administratives ardues et rébarbatrices.
Hors voilà que Chénar s' affichait avec un Hittite et qu' ils quittaient ensemble la capitale, s' éloignant en direction de l' oasis de Kargeh.
Qu' allait donc faire Chénar dans cette oasis. D' autant plus que pharaon voguait dans la direction contraire.
Touya donna ses ordres en conséquence et envoya un coursier à cheval, pour avertir pharaon des déplacements de leur fils aîné. D' autre part elle renvoya l' espion avec pour mission de surveiller discrètement les moindres faits et gestes du vizir et du marchand. A intervalles réguliers, l' espion devrait lui faire parvenir des rapports qui lui seraient transmis directement, par des coursiers à cheval.
Inquiète mais confiante en son réseau de surveillance, la reine d' Egypte se retira dans ses appartements. Elle pensait au bonheur des années passées avec ses deux fils et sa fille. Quand Chénar n' était pas aussi avide de pouvoir, au point de comploter, très certainement, contre son propre père.
Aujourd' hui, pressentant que Séthy préférait Ramsès pour lui succéder, pour le bien de l' Egypte, Chénar dirigeait cette haine également envers son jeune frère.
Dans un soupir, Touya se dit que le visiteur qui, selon les écrits, descendait du Dieu Horus, les protégerait. Une servante l' aida à enlever sa tunique et sa perruque parfumée. Puis l' enduisant d' huiles rares, elle entreprit de masser sa reine. Celle- ci s' abandonna aux bienfaits du massage et, fermant les yeux, pria Isis de protéger les deux être tant aimés.

La journée, consacrée à la navigation, s' était déroulée sans heurts. Le capitaine du navire royal connaissait tous les pièges du fleuve, et manoeuvrait l' embarquation d' une main de maître expérimenté.
Ramsès, collant aux basques d' Aarun, lui avait posé maintes questions sur le pays d' où il venait. Aarun, ne voulant pas décevoir le jeune prince, avait un peu brodé la réalité, occultant le niveau technologique, très avancé, de l' Empire.
La confiance s' était ainsi peu à peu installée entre l' Empereur et le futur grand roi. D' abord peu enclin à lancer la conversation, le jeune Ramsès, maintenant, n' en finissait plus de conter les merveilles de son pays, béni des Dieux, l' Egypte.
Aarun, par l' intermédiaire du traducteur vocal, écoutait tout en profitant du paradoxe, c' est à dire de discuter avec un pharaon qui ne l' était même pas encore. Ne pouvant, pour l' instant, rien faire pour arranger sa situation, Il avait décidé de se laisser porter par les évènements.
Tout en écoutant Ramsès, il ne pouvait s' empêcher de penser à ces mystérieux écrits, où son nom figurait, qui, d' après Séthy, annonçaient sa venue. Il reprit le cours de sa conversation :
<<- ... et c' est ainsi que Mâat régnera sur l' Egypte. >> Termina Ramsès.
Aarun, qui n' avait aucune idée de ce dont parlait le prince, fût sauvé par l' apparition du Pharaon, sur le pont. Tous se tournèrent pour saluer le souverain, qui donna l' ordre de stopper le bateau, pour la nuit.
Les marins s' exécutèrent aussitôt, et l' embarcation fût ammenée vers la rive du Nil. Un camp de tentes de toile de lin fût monté en un court laps de temps, et, bien vite, des cailles commencèrent à griller sur un feu fourni.
Tous, Pharaon y compris, se retrouvèrent autour du foyer pour manger et se réchauffer, les nuits étant fraiches. Seuls les gardes désignés pour le premier quart, restèrent à l' écart du groupe, scrutant la nuit qui tombait très vite.
Du vin de l' an 4 du règne de pharaon fût servi, ce qui aida considérablement à mettre de l' ambiance.
Séthy, Ramsès et Aarun se dirigèrent vers la tente de pharaon, pendant que les gardes chantaient autour du feu. Une fois à l' intérieur, pharaon prit un air plus sombre, rendant l' atmosphère énigmatique.
<<- Il est temps que nous parlions du but de ce voyage, entama Séthy, car tu vas découvrir un secret que même les prêtres de Thèbes ne connaissent pas. Un secret si lourd, que celui- ci pourrait mettre en péril toute notre civilisation. Mais avant de t' en dire plus, je dois savoir : d' ou viens- tu vraiment ? >>
Aarun décida alors de tout révéler au pharaon. Il n 'avait, à près tout, rien à perdre. Il baissa l' emprise qu' il maintenait pour donner une image plus "égyptienne", et se montra sous sa vraie apparence.
C' est ainsi que le pharaon et son fils virent la silouhette d' Aarun se flouter pour faire place à l 'uniforme de l' Empire.
Aarun, que l' exercice de voiler son image épuisait, se vit satisfait et apaisé de se laisser aller.
Pour pharaon et son fils, il en allait autrement :
<<- Encore de la magie, Grand Roi, cela en fait beaucoup pour un seul homme. >>
<<- Cela n' a rien de magique, ce sont certains pouvoirs qui me sont donnés par mon Dieu, afin de l' aider. >>
<<- Ton Dieu...est-ce le Dieu unique ? >>
La question laissa l' Empereur surpris. Dans une religion pluridéïste comme celle de l' Egypte ancienne, le simple fait de formuler le nom de " Dieu unique" était un blasphême. Mais que pharaon Lui- même en parle, il y avait vraiment de quoi en rester bouche bée. Se reprenant, Aarun continua :
<<- Je m' étonne que tu en parles, mais c' est exact, mon Dieu est un Dieu unique. >>
<<- Alors le roi hérétique, Akhenaton avait raison, ce Dieu- là existe bien. Cela peut vraiment mettre en péril notre civilisation, basée sur tous nos Dieux.>>
Aarun prenait presque en pitié ce roi si fort qui dégageait une telle tristesse, rien qu' à l' idée d' un Dieu unique. En effet, la civilisation égyptienne était basée sur l' adoration de quantités de Dieux. Que la nouvelle tombe qu' ils n' existaient tout simplement pas, et cette civilisation s' écroulerait. Rassurant il continua :
<<- Rien n' est moins sûr, personne n' a dit que les Dieux d' Egypte n' existent pas. >>
<<- C' est justement le problème ! Là où je t' emmène, c' est écrit. C' est justement ce que je dois te montrer, car ton nom figure sur une liste de descendant du Dieu Soleil. >>
<<- Allons, mon ami, c'est la première fois que je viens en Egypte, répondit Aarun, comment veux- tu que mon nom figure sur quoi que ce soit dans ce pays ? C' est une simple coïncidence, rien de plus.>>
<<- Tu me dis que tu as des pouvoirs, donnés par ton Dieu. Nous avons pu en voir un exemple à l' instant. Visiblement, tu as des... appareils que l' Egypte, malgré sa grandeur, n' est pas capable de fabriquer. Pourquoi je n' en suis pas surpris ? Parce qu' il est noté que tu viendras d' un autre temps, un temps éloigné. >>
<<- Mais alors, que suis- je sensé faire ? >>
<<- Prendre part à une grande bataille, ou tu seras le dernier de ton rang. >>
<<- Quelle bataille ? >>
Emprunté, pharaon laissa tomber la réponse.
<<- En fait, ce n' est pas précisé. Mais de cette bataille dépendra la grandeur de l' Egypte et de l' humanité. Alors, avant d' arriver à destination, dis- moi : d' où viens- tu ? >>
Commenca alors le récit d' une longue épopée à travers les galaxies de l' Empire. Sans donner trop de détails techniques, incompréhensibles pour ses hôtes, Aarun conta les années de guerre.
Dehors les gardes s' étaient endormis autour du feu, seuls les gardes scrutaient les ténèbres en montant la garde. La vie nocturne du désert reprenait ses droits, tandis que le soleil continuait sa progression dans le ventre de Nout.

Réhsy ne sentait plus son corps. Il savait qu' il était là, quelque part avec lui, mais plus moyen d' en faire quoi que se soit. Il ne semblait exister que sous forme de pensée, et cette éventualité le terrorisait.
Il percevait l' Egypte sous lui. Bien plus bas.
En fait il se déplacait à une vitesse vertigineuse, guidé par une force dont il sentait l' essence, mais qu' il ne comprenait pas.
Au bout d' un moment qui lui parût interminable, il lui sembla qu' il se rassemblait, puis qu' il commencait à chuter vers la terre.
A une vitesse toujours plus grande, il piquait vers un long ruban brillant. Intrigué, il se concentra sur ce phénomène et comprit que le ruban était, en fait, le Nil, quand il entra en contact avec la surface des eaux.
Le talisman l' avait bien guidé et il lui devait ce bain forcé.
Sur la rive, deux soldats accoururent pour voir ce qui avait provoqué le plouf retentissant, généré par le plat monumental du marchand Hittite.
Pendant de longues minutes, où Réhsy se retint de faire le moindre geste, à l' abri du navire, les gardes scrutèrent la surface du Dieu Nil. Ce n' est qu' à l' heure de la relève, bien des minutes plus tard, qu' ils s' éloignèrent enfin. Ils devaient sans doute penser que quelques hippopotames s' étaient battus entre eux.
Réhsy, frigorifié par l' eau du fleuve, se laissa alors porter par le courant afin de s' éloigner un peu du campement. Pour l' instant, il ne pourrait rien pour sa mission. Il devait d' abord penser à se réchauffer et se sécher pour éviter de tomber malade.
Enfin, il trouva une petite crique abritée. Il se hissa sur la berge et entreprit de faire du feu, pour se sécher.
Revigoré, il entreprit de faire des plans pour nuire à pharaon.
La tête pleine de supplices, il s' endormit en souriant.

Djéfour, un messager royal à cheval, ne savait pas exactement où se trouvait le bateau de pharaon. Il devait donc suivre le cours du fleuve en espérant ne pas manquer le campement du roi, celui- ci s' étant très certainement arrêté pour la nuit.
Il avait déjà épuisé trois chevaux et n' en trouverait pas un autre au milieux de la nuit. C' est donc avec joie qu' il apperçut la lueur du feu de camp. Il prit sur lui de faire avancer son cheval encore plus vite, quitte à ce qu' il ne puisse plus avancer, quand il aurait atteint son but.
Etre messager royal était une position de prestige reconnue. Pourtant, Djéfour dû montrer patte blanche au garde qui l' intercepta, aux abords du campement. On en rentrait pas sur un site où Pharaon était présent, n' importe comment.
Pendant que le garde examinait son laisser- passer, signé de la Reine Elle- même, Djéfour se savait mit en joue par les archers du roi qui, immanquablement, le surveillaient de loin.
Le passe- droit reconnu comme authentique, le garde leva un bras en l' air. Ceci, Djéfour le savait bien, pour signifier aux archers que tout était en ordre. Ceux- ci abaissèrent leurs arcs puissants et recommencèrent à scruter les profondeurs de la nuit égyptienne.
Djéfour pénétra alors dans les limites du campement et s' avanca vers les quelques gardes encore rassemblés autour du feu. Leur donnant à garder son cheval, il s' éloigna en direction de la tente de Pharaon.
Devant la tente de celui- ci se tenaient encore deux gardes armés à qui il dû demander audience auprès du souverain des Deux Terres.
Les deux derniers cerbères passés, il s' avanca dans la tente et se prosterna devant son roi en tendant le papyrus de la reine Touya.
Pharaon prit la missive et la décacheta. D' un air sombre, il lut la lettre de son épouse. Puis se tournant vers son jeune fils :
<<- Sais- tu ce que ton frère peut aller faire à l' oasis de Kargeh ? >>
<<- Chénar ne me fais plus autant de confidences qu' avant, père. >>
Aarun prit la parole.
<<- En quoi cet oasis est- il important ? >>
<<- Ce n' est aps tant l' oasis, mais plutôt avec qui il y est allé. La reine me parle d' un marchand hittite adepte de la magie. Nous n' avons jamais pu le prouver, mais c' est de notoriété presque publique. >>
<<- L' oasis de Kargeh est à l' opposé de notre direction, père, dit Ramsès, ce ne peut être en rapport avec nous. >>
<<- Puisses- tu avoir raison mon fils. Dans tout les cas, nous ne pouvons rien faire pour l' instant, si ce n' est de nous reposer. La journée de demain va être longue. >>
Renvoyant le messager, le trio se prépara à passer la nuit, sur les lits de bois, fabriqués par des artisants de la Place de Vérité. Djéfour s' aventura au dehors à la recherche d' un peu de nourriture et de vin, qu' il trouva au coin du feu.
Demain il repartirait en direction de la capitale.

Chénar avait réuni tous les ingrédients nécessaires à la cérémonie de convocation de Seth. Il avit même commencé à en faire les préparatifs.
Poussant le luxueux mobiliers du marchand hittite, il avait entrepris de dessiner à même le sol, une forme géométrique complexe représentant un pentagramme. Celui-ci avait été tracé à des dimensions très précises selon un vieux papyrus de sorts.
Chénar, ayant reçu une éducation en mathématiques, avait pourtant sué eau et sang pour dessiner la figure satanique.
A l'aide d' une corde à noeuds, il avait d' abord tracé un cercle précis au moyen de cendre noire. Puis, délimitant les axes et le rayon, il avait délimité le pentagramme. Ceci fait, il lui restait alors à dessiner, à l'aide d' un tison, des symboles qu' il n' avait jamais utilisés auparavant.
Loin des symboles courant en magie noire, ceux- ci représentaient des têtes de boucs, des astres inconnus et des symboles que nous appellerions aujourd' hui des lettres. Un "L" stylisé, notemment.
Ayant fini son dur labeur, rappelons que le vizir détestait travailler avec ses kilos en trop, il resta là, ne sachant s' il devait appeler l' entité L' si-Fer ou non.
Le simple souvenir des yeux du Démon faisait naître en lui une peur que venait encore attiser celui de son étouffement douloureux. Aussi, il jugea qu' il attendrait le moment où L' si- Fer se manifesterait.
Il en profita pour relire ses tablettes et s' en remémorer le contenu. En effet, la moindre faute risquait de faire échouer toute la cérémonie de convocation. Et pour corser le tout, les paroles devasient être prononcées dans une langue qu' il ne connaissait pas. Une langue aux sonorités inconnues de lui, mais il devrait bien faire avec.
Tout cela ajoutait au stress de Chénar qui était en train d' inventer avant l' heure la plus répandue des maladies du 21ème siècle. Et stressé, il l' était encore plus, car Lucifer, sortant de la réserve, s' aventura dans la pièce.
Aussitôt, les murs rougoyèrent du regard cruel du Maître des Enfers. Parcourant la pièce, il admirait le travail effectué par le vizir de pharaon.
Enfin quelque chose de connu dans cette époque ! Un pentagramme.
S' il voyait juste, l' humain parviendait à convoquer la personne indispensable à son plan: prendre le pouvoir sur cette planète, puis, dans un lointain futur qu' il venait à peine de quitter, le pouvoir sur l' Empire. Il aurait alors sa revanche sur la Chute.
Il avait dit, lors de cette même chute, qu' il valait mieux régner sur l' Enfer que de servir au Paradis. Si son plan fonctionnait, il régnera aussi sur le Paradis.
Voyant que tout était prêt pour commencer la cérémonie, Lucifer invita Chénar à commencer. Celui- ci éteignit alors les lampes à huiles de toute la maison, ne laissant brûler que cinq vasques remplies d' huile, positionnées aux extrémités du pentagramme.
L' ambience devint lourde et il sembla à Chénar qu' il faisait subitement très froid. De la sueur glacée dégoulinait dans son dos, et il dû se forcer pour commencer ses incantations.
La bouche sèche, il peinait pour prononcer ses sortilèges dans cette langue que Lucifer reconnut pour être proche du galactique standard. Tant bien que mal, Chénar, égrénait les paroles et plus il avançait dans la cérémonie, plus la température baissait dans la pièce.
Cela semblait fonctionner.
Fort de cette réflexion, le vizir prit soudain courage et prononça l' incantation avec plus d' assurance. Dans la pièce on pouvait maintenant entendre des murmures gutturaux, des courants d' air froid tourbillonnaient au- dessus du pentagramme. La cendre s' éleva en petite tornade noire et se mit à tourner de plus en plus vite.
Chénar criait presque pour couvrir les chuintements et les soupirs d' un autre monde, dont il était en train d' ouvrir la porte maudite.
C' est alors qu' une chose incroyable se produisit. La cendre commença à luire et une ombre apparut au milieux de la sorte de vortex créé par l' évènement. De plus en précise, une apparition commença à se matérialiser dans un cri de rage.
Seth était en train d' apparaître.
Et Chénar s' oublia encore une fois sur ses sandales.
