Michaël, l' Horus vivant
Par Giauque Cédric
De nos jours, dans la croyance chrétienne, on imagine les Enfers comme étant pour le moins inhospitaliers. Hors il est de fait que la planète des Enfers était tout aussi luxuriante que n' importe qu' elle planète ayant intégré l' Empire.
Hors c' était dans une contrée totalement dévastée qu' Asmodée et son escorte avançaient, au devant de Bélzébuth et de ce qui restait de ses légions. Les sol crissait sous les sabots d' Asmodée et des démons qui l' accompagnaient. Ils foulaient une couche sombre de cendres et de cadavres de mouches. Des milliards de mouches, éradiquées par le puissant insecticide tout droit sorti des laboratoires du nouveau Maître des Enfers.
Des corps à perte de vue, entassés les uns par- dessus les autres, dans les positions où la mort avait frappé, dirigée par les fuseurs des légions ennemies.
C' était au milieux de ce morbide fatras que déambulait la troupe d' Asmodée, celui- ci goûtant à la suave odeur de mort qui émanait du champ de bataille.
La victoire avait été nette et rapide, ne laissant aucune chance à Bélzébuth. Ce dernier n' avait eu alors, qu' à capituler et il s' apprêtait maintenant à prêter allégeance à Asmodée.
Lui qui se voyait déjà gouverner les Enfers, devait maintenant courber l' échine. Ce n' était que partie remise, il lui suffirait d' avoir de la patience, et son jour viendrait. Il régnerait alors sans partage et s' amuserait à torturer indéfiniment celui qui lui imposait pareille humiliation, devant ses légions.
Pour l' heure, devant l' écrasante masse des forces du Maître, il préférait ravaler son amour- propre et garder ainsi la vie sauve. Un démon mort ne régnerait jamais en Enfer, celà était sûr et certain.
Bélzébuth regardait donc, immobile et de marbre, la troupe d' Asmodée piétiner les cadavres de ses chères mouches. Le bruit que faisaient les carapaces de chitine, en explosant sous le poid des visiteurs, lui était particulièrement désagréable. Pourtant rien ne paraissait sur le visage du Démon.
De même, les cadavres poussés de côté par un coup de botte ferrée, lui arrachaient un cri muet, un cri intérieur qui le déchirait en lambeau, bandelette de Démon après bandelette de Démon.
Ecorché intérieurement, il acceuilli Asmodée avec un sourire qui n' avait rien de franc et l' invita en son palais des territoires de l' Est.
Avant toutes choses, Asmodée tenait à recevoir les voeux d' allégence de Bélzébuth, devant les restes de son armée, afin d' accroître son autorité sur celle- ci.
<<- Alors mon vieil ami, as- tu quelque chose à me dire avant que nous prenions la route de ton palais ? >>
<<- En ce lieux de défaite, Moi, Bélzébuth, Seigneur des Mouches, je rend allégeance au seul Maître des Enfers, dit- il avec peine >> Les mots lui griffant les cordes vocales.
Asmodée regarda autour de lui, scrutant chaques visages, faisant durer le suspens. Allait- il être clément avec leur chef ou allait- il faire preuve de sévérité et faire du Démon un exemple pour les futurs révolutionnaires ?
<<- Soit, dit- il enfin, j' accepte tes voeux d' allégeance. Mais à la première incartade, je serais impitoyable ! >>
Les mots résonnèrent sur la plaine dévastée. Ici ou là, quelques applaudissements crevèrent timidement le silence. La foule finit par applaudir mollemment, le fait de devoir combattre pour Asmodée ne faisant visiblement pas l' unanimité.
Celà suffit pourtant au vainqueur. Avec un tel égo narcissique, il était difficile de ne pas tout voir grandiosement. Ces battements de mains, aussi peu engagés soient- ils, suffisaient à caresser le Maître dans le sens du poil et à le mettre de bonne humeur.
D' un geste, il invita Bélzébuth à se lever et à le précéder jusqu' à son palais, peu distant. Une haie d' honneur fut faite de chaque côté du chemin et des vivas peu convaincus fusèrent ici ou là.
Tout à sa gloire, Asmodée, triomphant, la tête haute, précédait son hôte infortuné et battu sur ce chemin de cadavres de mouches noires et de cendres de Démons irradiés par les fuseurs.

Le Synoom fendait l' hyper- espace à la vitesse de Warp 25, soit vingt- cinq fois la vitesse de la lumière. La superstructure vibrait sous l' effet de la vitesse exponentielle et de la fusion matière/antimatière.
Sur les écrans de contrôle, les étoiles défilaient sous la forme de traits lumineux, créant une sorte de tube au milieux duquel manoeuvrait le gigantesque vaisseau impérial.
Sous le contrôle de Jembaar, à la console de navigation, le vaisseau filait vers son but : la Terre. Bien qu' invisible dans le continuum normal, les satellites espions des forces de la Terre ne manqueraient pas de le détecter, même d' assez loin, en fait.
C' est pourquoi la spécialiste en communication à la peau écaillée, Dina, originaire de la planète du Centaure, lançait sur toutes les ondes normales et subspatiales, des signaux d' identifications qui pourraient être détectés comme venant d' un vaisseau- mère infernal.
Ainsi, le Synoom voguait à une vitesse vertigineuse vers les Enfers, précédé d' une image conçue par Dina qui pourrait, théoriquement, duper les satellites espions.
Sans ce leurre électronique, ils seraient classifiés comme ce qu' ils étaient d' ailleurs, des ennemis. Les satellites militaires prenant alors le relais, ils seraient atomisés par des bombes subspatiales en un rien de temps. Il était donc capital pour leur survie, que Dina arrive à donner le change aux satellites espions.
Sur une autre console, scientifique cette fois- ci, Saaba, l' attaché scientifique endorien de deux mètres vingt- cinq, scannait la planète, encore assez loin du vaisseau. Attendant d' être plus près de la Terre pour affiner les paramètres de ses puissants scanners positroniques, il balayait l' espace direct de la planète, afin d' en détecter tous mouvements de satellites armés. Il contrôlait aussi l' accroche radar et les fréquences de communications infernales.
Jusqu' ici, tout allait pour le mieux et il ne semblait pas qu' il fussent déjà repérés. La grossière approche de la planète semblait fonctionner à merveille. Grossière car tout le plan se basait sur la confusion résultant de la débandade, quelques jours plus tôt, des Légions infernales.
Si les enseignes radar de la Terre croyait voir, sur leurs écrans radar, un vaisseau- mère attardé par rapport au reste de la flotte, tout irait pour le mieux, et ils pourraient traverser la planète sans encombres.
S' ils tombaient malheureusement sur une enseigne tatillonne, l' affaire risquait de se corser assez vite et leur position devenir très inconfortable.
Une explosion dans l' hyper- espace détournerait le flux espace- temps et le Synoom risquait soit de se dématérialiser, soit de finir à l' autre bout de la galaxie. De toutes façons de créer une catastrophe de laquelle on ne sortait pas indemne.
Ooshi et Saan contrôlaient la passerelle et croulaient sous les listing des différentes consoles. Heureusement, dans cette prime- réalité, le Commandeur Saan était aussi efficace que dans la réalité de la Garde Impériale.
C' était avec soulagement que les hommes, en particulier Ooshi à qui il revenait de partager le poste de commandement, avaient remarqué que si le continuum avait changé, les personnalités des gens avec qui ils avaient l ' habitude de sauver le monde, étaient restées les mêmes.
C' était donc naturellement qu' une certaine osmose s' était installée entre les Lieutenants et le Commandeur du Synoom.
Ooshi et Saan se partageaient donc le travail des relevés et travaillaient de manière très efficace et de concert. Une certaine intimité semblait même être retrouvée, ceci avec un certain soulagement.
En effet, les Lieutenants savaient maintenant pouvoir compter totalement sur l' équipage du Synoom et sur son Commandeur. La mission était suffisamment périlleuse comme celà et ne pas devoir s' occuper des réflèxes des différentes enseignes était un atout indéniable. S' il avait encore fallut se faire aux différentes personnalités de l' équipage, qui provenait de la cinquantaine de mondes habités de l' Empire, Il eut été bon de ne pas s' engager dans une telle mission.
Mais il était juste de constater qu' heureusement, si la réalité était changée, les hommes et femmes non. Il semblait donc à la Garde Impériale qu' ils n' avaient pas quitté, quelques jours plus tôt, une réalité pour une autre. Une réalité de paix pour une réalité de confusion. Une réalité ou l' emprise du Mal s' étendait à la moitié de l' Empire et progressait toujours.
Oubliant la phase du plan de mission jugée de folle, qui consistait à remonter le temps jusqu' à l' Empereur, Ooshi et ses hommes se concentraient sur la phase de vol subspatial du Synoom.
Encore deux jours de vol, et la Terre serait atteinte. Si tout se passait comme ils l' espéraient, ils sortirait d' hyper- espace juste après avoir traversé le globe infernal, et rentreraient dans le vortex temporel que Dieu créerait pour eux, en courbant l' univers.
En attendant, il fallait patienter encore un peu, et mettre ce temps à profit pour paufiner les calculs de sortie d' exponentielle et de rentrée dans le vortex.
La moindre erreur serait fatale.
Pour eux.
Pour l' Empire.

Nedwak était serein. Il avait reçu l' avancement escompté pour avoir détecté le signalé de l' Empereur, défunt et néenmoins présent dans les territoires de l' Est.
Il était passé chef dans l' équipe de surveillance et tout les rapports satellites lui étaient remis dès impression. Il ne voulait pas que quelqu' un lui passe une information capitale sous le nez, comme il l' avait lui- même fait, pour le signal.
Il avait donc instauré une discipline de fer, depuis sa nomination et était déjà haï par les autres humains du service.
Par les démons inférieurs, également.
Mais Nedwak faisait fi de ces colères et de la jalousie et maintenait son personnel dans un stress constant, afin de couper à la racine tout germe de rébellion.
Il n'avait pas encore ses cornes tant espérées, mais si les résultats dépassaient les exigences d' Asmodée, il en recevrait certainement.
Il en était là de ses cogitations lorsqu' il reçut un listing paraissant anodin, de prime abord. Cela aurait pu passer pour une bonne nouvelle et l' information passer inapperçue si Nedwak ne tenait pas un compte précis de tous mouvements aux abords de la Terre.
Hors, c' était là un cas très étrange que celui qu' il avait devant lui. En effet, un vaisseau- mère de la flotte infernale arrivait par l' hyper-espace. Hors il savait que tous les vaisseaux étaient rentrés, du moins ce qu' il restait de la flotte.
Bien sûr, c' était là une bonne nouvelle. un vaisseau- mère de plus serait fort utile pour Asmodée et il fallait plutôt s' en réjouir. Mais Nedwak avait comme un mauvais pressentiment. Une petite voix qui lui disait que quelque chose clochait. Mais quoi ? - Impossible de le dire.
Il se dirigea vers la salle de contrôle satellite, pour faire le point et en apprendre un peu plus. C' était là un mystère à élucider.
Tout au long du court chemin, menant de son nouveau bureau à la salle de contrôle, il repassa en revue le listing, l' étudiant dans ses moindres détails. Toutes les données receuillies par le satellite confirmaient le fait qu' un vaisseau- mère arrivait. Il ne manquait que la signature du vaisseau pour l' identifier définitivement.
Arrivé dans la salle de contrôle, il se dirigea directement vers le poste de surveillance, d' où émanait le message. Poussant l' enseigne radar, sans ménagements, il s' installa devant l' écran et se mit à la recherche de la signature du vaisseau arrivant.
Quand il parvint enfin à retracer le bâtiment, il sût qu' il avait vu juste. En effet, la signature indiquait que le vaisseau en approche était un bâtiment baptisé l' Endémium. Hors ce vaisseau- là était déjà à quai, sur le spatioport de la capitale des Enfers.
De suite il donna l' alarme. Les différents postes de défense de la planète furent alertés et mis en état d' alerte maximum.
Asmodée étant en déplacement, point n' était besoin de passer par Lui. Le statut de Nedwak lui permettait de prendre les dispositions nécessaire à la défense. Avec un sourire, il pensa qu' une victoire lui permettrait de devenir encore plus puissant.
Et les cornes, il pensa à ses cornes...

Le synoom fendait l' hyperespace. Il approchait de la Terre et Saan et Ooshi préparaient les mesures de sortie d' exponentielle. A vingt- cinq fois la vitesse de la lumière, ce n' était pas de tout repos. Les cerveaux positroniques des puissants ordinateurs de calcul du Synoom, tournaient à plein régime.
Quand, enfin, il eurent les résultats de trajectoire et de vitesse, ils les passèrent à Jembaar qui les rentrèrent dans la console de navigation.
L' ordinateur sorti une représentation en trois dimension de la trajectoire passant par le milieux de la Terre. A ce moment, Dina interpella Ooshi.
<<- Ooshi, on est repéré. Le système de défense de la Terre est en alerte, prêt à faire feu.>>
Ooshi et Saan ne firent qu' un bond jusqu' à la console de communication, fief incontesté de Dina.
<<- C' est trop tôt, fit le premier, comment peuvent- ils savoir que nous ne sommes pas un de leurs vaisseaux ? >>
<<- C' est à n' y rien comprendre, se défendit la spécialiste en communications, j' ai pourtant bien envoyé les signatures d' un vaisseau- mère infernal. >>
<<- Et pourtant, dit Saan, ils nous ont repérés. Et là on est mal, s' ils nous envoyent des bombes à plasma alors que nous sommes en hyperespace. >>
<<- Bon, on fera avec, on a pas le choix, coupa Ooshi. Jembaar, prépare une manaoeuvre d' évitement, au cas où ! Saaba, scanne les postes de défense afin de détecter tous tirs contre nous ! >>
Saaba, l' attaché scientifique ne répondit pas. Penché sur sa console, il avait l' air songeur. Ooshi le rappela à l' ordre mais Saaba était toujours obnubilé par sa console.
Levant les yeux vers son Commandant :
<<- Alors là, tu ne vas pas me croire...>>
<<- Quoi, je te rapelle que nous sommes détectés et qu' il faut faire vite.>> Dit ooshi en traversant la passerelle pour rejoindre l' Endorien.
<<- Vois par toi- même ! C' est si incroyable...>>
Lisant l' écran tridimensionnel, Ooshi manqua s' étrangler. Sur la visualisation de la Terre, un point clignotait. Une signature tellement pure, que son origine ne pouvait faire aucuns doutes.
Le signal de l' Empereur.
Hors, dans cette réalité, Aarun était mort depuis trois ans. Comment pouvait- il se retrouver là, en plein coeur des Enfers ?
Saan les rejoignit et devint blême :
<<- C' est une plaisanterie, vos scanners se trompent...>>
<<- Ce sont vos scanners, Commandeur ! Laissa tomber le scientifique, il n'y a aucune erreur, je vous le garanti, j' ai déjà contrôlé... >>
<<- Mais l' Empereur est enterré sur Cresta, j' ai assisté moi- même à la cérémonie et j' ai porté le cerceuil. >>
Saaba et Ooshi se lancèrent un regard lourd d' explications. Eux savaient que le signal correspondait certainement à leur Empereur, celui de leur propre réalité. Mais ils ne pouvaient en expliquer la présence en Enfer. Ils ne pouvaient même pas expliquer à Saan l' existence de leur Aarun.
Ooshi cassa le silence lourd qui s' était installé :
<<- Alors il nous faut envoyer une navette pour faire le point sur ce signal. >>
<<- Au milieux des Enfers...?>> s' étrangla Saan.
<<- Et à supposer que c' est bien le signal de l' Empereur, nous ne pouvons pas le laisser seul.>>
Ooshi établi alors un nouveau plan de bataille.
A peine sortis d' hyperespace, une navette serait larguée et rejoindrait le lieux d' où partait le signal. Le Synoom entrerait dans le vortex temporel créé par Dieu, et disparaitrait de ce temps- ci.
Les hommes de la navettes suivraient alors leurs nouveaux ordres, qui consisteraient à rejoindre le signal et à en protéger, si nécessaire, la source. Ils seraient alors en quelques sortes abandonnés à eux- mêmes, en plein milieux de la planète des Enfers et ne pourraient compter que sur eux- même. Une sorte de mission plus où moins scuicide.
Ooshi et Saan en étaient conscient et c' est pourquoi ils recherchèrent des volontaires pour cette mission. Ils n' eurent pas à chercher beaucoup pourtant, malgré la dangerosité de la mission.
Ils sélectionnèrent deux valeureux soldats qui s' étaient déjà illustrés dans d' autres batailles contre le Mal, et leur transmirent les coordonnées de la source du signal.
Le plus dur, pourtant, serait déjà de rentrer dans l' atmosphère de la planète, sans se faire repérer.
Les deux soldats furent ensuite conduits sur le pont des navettes, et un aviso de combat leur fût assigné.
Ils n' auraient que quelques secondes pour être largués, entre la sortie d' exponentielle et la rentrée dans le vortex temporel.

Nedwak, tiraillé entre le choix de tirer une bombe à plasma et celui d' attendre encore un peu, maintenait l' état d' alerte maximum.
Il penchait plutôt pour attendre la sortie du vaisseau d' exponentielle, pour le réduire à néan, si besoin était. Le vaisseaux pointait droit sur la Terre et sortirait assez près de la planète. Il calcula les coordonnées de sortie et les envoya aux postes de défense.
Tous les canons pointèrent alors sur un point de l' espace, celui donné par Nedwak. Celui- ci suivait la trace du vaisseau- mère en exclusivité. Il approchait toujours à pleine vitesse de la planète et ne semblait pas vouloir ralentir. Il passa même le point limite de sortie d' hyperespace et continua de foncer sur la planète, à toutes bombes.
Comprenant que le vaisseau fonçait maintenant sur la Terre, Nedwak donna l' ordre de tirer. Trop tard, le vaisseau traversait déjà la planète et ressortait de l' autre côté.
Vert de rage, Nedwak vit alors le prétendu vaisseau- mère se rematérialiser dans le continuum, à l' opposé de la planète, et sa signature indiquait maintenant que c' était le Synoom, le vaisseau Impérial.
Il avait été berné sur toute la ligne et son hésitation allait lui coûter cher. Donnant des ordres contraires il fit viser le bâtiment de Dieu, mais déjà, le fabuleux vaisseau Impérial entrait dans une sorte de vortex, une singularité née d' on ne sait où.
Aussi vite qu' il était apparu, Le synoom disparu dans le vortex.
Mais une trace avait eu le temps de s' en éloigner. Il ne savait pas encore ce que c' était, vu que l' engin avait aussitôt levé ses boucliers d' invisibilité.
Mais en calculant la trajectoire, Nedwak arriverait à en déduire le point d' atterrissage. Et bizarrement, ce point coïncidait avec celui de l' Empereur.
Cela faisait beaucoup de coïncidences.

Asmodée profitait largement de sa victoire. Pour l' amadouer et être dans ses bonnes grâces, Belzébuth le conviait à des repas somptueux et à des scéances d' abattage d' humains.
Tout cela l' avait distrait quelques temps, mais bien vite, Asmodée se rappela le pourquoi principal de sa visite : le fameux signal.
Il en était à sa quatorzième exécution de la matinée quand son communicateur bippa. Il releva, avant de répondre, que c' était à cet avorton de Nedwak qu' il devait d' être dérangé.
Avec un soupir d' exaspération, il se brancha sur la fréquence directe le reliant avec ses postes de défenses.
Dès que l' image holographique se stabilisa, Asmodée comprit tout de suite qu' il s' était passé quelque chose de grave. En effet, l' humain semblait terrorisé par le rapport qu' il s' apprêtait à faire et Asmodée se fit la réflexion que ces humains supportaient bien peu.
<<- Qu' est- ce qu' il y a encore ? >> Rugit le nouveau Prince.
<<- Seigneur... un vaiseau... passé à travers...>> Bredouilla l' humain.
Asmodée piqua une colère noire. Non seulement les humains étaient pitoyables mais, en plus, ils étaient incapables de surmonter la moindre frayeur et, de fait, de faire un rapport clair et précis.
Le Prince des Enfers calma Nedwak et ce dernier fini par pouvoir exposer les faits de façon exhaustive. Et les faits ne semblaient pas plairent à Asmodée.
Pourquoi foncer sur la Terre, passer au travers pour finir dans un vortex et disparaître de l' univers connu ?
Le Démon n' arrivait pas à percer le plan de ce satané Saan, le Commandeur vedette de l' Empire. Car nul doute qu' il y avait du Saan là- dessous. Hors il était connu que Saan ne manquerait une cible aussi facile que l' avait étée la Terre, pendant l' approche, grâce au subterfuge de la signature empruntée au vaisseau- mère infernal.
<<- Bah, se dit le Démon, ils sont partis, bon débarras ! >> Puis, à l' intention de Nedwak :
<<- Envoyes cinquantes légions sur les lieux d' où émane le signal. Leurs missions seront de découvrir la source du signal d' une part,et d' intercepter l' origine de la trace sortie du Synoom, juste avant d' entrer dans le vortex, d' autre part. >>
<<- Mais Seigneur, si c'est un aviso, il aura atterri depuis belle lurette, quand les légions arriverons sur place. >>
<<- J' ai donné des ordres clairs et précis, veux- tu vraiment que je les répète ? Menaça le Prince.
<<- Vos ordres seront exécutés, Seigneur ! >>
Nedwak coupa la communication en pensant qu' il lui faudrait plus qu' un coup d' éclat pour gagner ses cornes. En attendant, il allait envoyer septante- cinq légions, sur les lieux du signal.
Une sorte d' assurance, dont il avait bien besoin.

L' enseigne Stuudman et le caporal- artilleur Boojyi n' en menaient pas large. Catapultés sitôt le Synoom sorti d' hyperespace, ils avaient de suite levé les boucliers d' invisibilité, puis avaient pointé sur les coordonnées précises du signal de l 'Empereur.
Ils avaient été mis au courant, et bien que passablement sceptiques sur la survie de l' Empereur, ils exécuteraient leur mission jusqu' au bout.
Mais il fallait avant toutes choses, arriver entier sur la planète, chose que personne n' avait fait avant. Certe les boucliers d' invisibilité au maximum de leur puissance leurs donnait une bonne avance sur les recherches d' interceptions. On laisse toujours une trace dans l' espace, et la leur serait inévitablement retracée. Ils auraient alors toutes les légions de l' Enfer à leurs trousses.
Pour le moment, ils étaient ballotés, secoués et écrasés sur leur siège respectif par l' entrée dans l' atmosphère de la planète.
Stuudman pilotait l' engin spatial d' une main de maître, tandis que Boojyi retraçait le signal, de plus en plus fort, de plus en plus précis. L' aviso se dirigeait en ligne droite, directement sur une petite montagne, d' où provenait le signal.
Même s' il était clair, pour les deux soldats, qu' il était impossible que l' Empereur soit encore vivant, même s' il était plus ou moins entendu qu' ils s' enfilaient dans un piège grossier, ils iraient jusqu' au bout de la mission. Ou de leur vie. Celà dépendrait essentiellemment de ce qu' ils trouveraient une fois arrivés sur place.
Pour le moment, il ne semblait pas qu' ils ayent étés repérés, mais combien de temps cela durerait encore ?
A moins d' un parsec du sol, Stuudman dériva toute la puissance aux rétrofusées, et il posa l' aviso dans un nuage de poussière. Rétablissant tout de suite les boucliers d' invisibilité, il camoufla le vaisseau dans le désert, et les deux soldats sortirent dans l' air brûlant et suffocant de la planète.
C' était la première fois qu' un membre de l' Empire se posait sur la Terre et le spectacle faisait froid dans le dos. A perte de vue, des cadavres de mouches, qui s' écrasaient sous leurs pas. Une forte odeur de viande grillée flottait dans l' air et semblait rentrer directement, poisseuse, dans les poumons.
Boojyi fit le point sur la source du signal et pointa la main dans sa direction :
<<- C' est par là, dans la montagne. >>
<<- Alors dépéchons, le coin ne va pas tarder à grouiller de démons sanguinaires, à ce moment mieux vaudra être à l' abris. >> Rétorqua Stuudman.
Les deux hommes, armés jusqu' aux dents, s' enfoncèrent dans le tapis de mouches, qui leur montait jusqu' à mi- mollet, et partirent à pied en direction de la montagne toute proche. Il avait été décidé d' abandonner l' aviso en un lieu quelconque du désert, pour ne pas se faire repérer tout de suite. Il était clair que cela ne ferait pas de doute et que l' aviso serait inévitablement pris par les légions infernales.
De plus, d' après les dires de Saan et d' Ooshi, si le Synoom revenait victorieux, tout cela n' aurait plus la moindre importance. Stuudman et Boojyi s' étaient regardés à cet énoncé et avaient bien vite compris que ni l' un, ni l' autre n' y comprenait quelque chose.
Pour eux, une seule chose comptait : les ordres.
Et on exécutait les ordres sans poser de questions, même dans l' Empire de Dieu.

Un merveilleux et délicat ballet. Une danse de lumignons se croisant sans se toucher. Tel était le spectacle qu' on pouvait voir sur l' écran principal de la passerelle du Synoom.
Sitôt sorti d' exponentielle et l' aviso de combat largué, le gigantesque vaisseau impérial était entré dans le vortex temporel, créé par Dieu.
Pendant la première phase d' entrée en hyperespace, on se sentait comme aspiré par le devant et projeté à une vitesse folle dans une sorte de tube formé par les étoiles défilantes.
Hors cela avait été tout autrement cette fois- ci.
Ils avaient senti une sorte de soubresaut du vaisseau vers l' avant, puis c' était comme si le Synoom s' était arrêté au beau milieux de la galaxie, d' un seul coup. Les étoiles avaient alors commencé à bouger de manière d' abord imperceptible, puis de plus en plus rapidement. Toute une myriade d' étoiles, de supernovas, de galaxies lointaines et de géantes gazeuses entamèrent cette danse si délicate et chatoyante.
Devant pareil spectacle, nul ne trouva mot à dire. Même Topd, toujours enclin aux bons mots se taisait, bouche bée.
Jembaar ne contrôlait plus rien de la navigation, les moteurs poussés à plein régime et pourtant le Synoom ne bougeait pas. C' était tout l' univers qui bougeait autour d' eux, les constellations reprenant une course inverse à leur normale.
Tout s' accéléra soudainement, et les étoiles devinrent cercles de lumière. Une dernière avalanche de lumière crue et les constellations et les planètes reprirent une course normale, dans l' univers.
Ils avaient traversé le temps.
Ils navigeaient à présent vers l' inconnu.

